Sindbad le marin

par

Contes et fantastique

Le fantastique a à voir avec tout ce qui relève de l’imagination, du merveilleux, de l’extraordinaire. Il est (presque) toujours introduit dans un univers banal, afin de créer une césure notable et à la fois tremblante, ambigüe, entre la réalité et le possible. Dans le conte de Shéhérazade, Sindbad se trouve confronté à des situations improbables, à des créatures mythologiques ou divines, alors qu’il part simplement en voyage. Cette intrusion progressive du fantastique permet de faire rêver le lecteur, lui laissant la possibilité de croire qu’une telle chose est possible et peut lui arriver.

 

A. Les légendes et croyances au service des contes

 

Au cours de ses sept voyages, Sindbad fait la rencontre de plusieurs monstres de légende, issus de divers folklores, qu’il doit affronter et vaincre seul, avec son courage et sa ruse. Parmi les nombreux monstres de légende, il rencontre un cheval marin, issu de la mythologie grecque, qui en temps normal tire le char du dieu Poséidon : « Tandis qu’ils m’entretenaient ainsi, le cheval marin sortit de la mer ». Puis Sindbad fait la connaissance de l’oiseau rokh, oiseau légendaire issu de la culture arabe. Il est l’oiseau de feu qui accompagne les orages et présage un sort funeste. Ici, il se fait sauveur involontaire du jeune homme. Viennent ensuite le cyclope, terrible géant à l’œil unique, déjà présent dans les aventures d’Ulysse chez Homère, tout comme le « vieillard de la mer », autrement appelé Protée.

Mais le narrateur nous présente également des créatures tirées cette fois de l’imaginaire et des peurs populaires, comme les serpents géants, capables d’engloutir un homme d’une seule bouchée ; mais encore des cannibales qui droguent puis engraissent leurs futures victimes (protocole que l’on retrouve dans Hansel et Gretel chez les frères Grimm), etc.

Ce sont autant de monstres propres à frapper l’imaginaire que le brave Sindbad devra déjouer ou affronter au péril de sa vie. Le narrateur en appelle à ces créatures car non seulement elles frappent l’imagination du lecteur, mais encore, comme d’autres légendes plus anciennes les sollicitent, elles accèdent à un certain degré de réalité.

 

B. Faire rêver

 

Le but du fantastique est ici d’amener le lecteur à rêver aux merveilles décrites : richesses, aventures extraordinaires et chance de tous les instants, ou presque, mais toujours en dernier ressort. Le conte joue sur la surabondance d’éléments pour faire s’évader le lecteur d’un quotidien banal et le faire entrer dans un monde où tout est possible. Sindbad fait preuve d’une chance inouïe : chaque naufrage, chaque incident l’épargnent. Presque tous ses compagnons viennent à mourir à chaque voyage, mais lui s’en sort toujours in extremis pour des raisons variées : son bateau était le plus éloigné du danger, ou alors un débris a atterri sous sa main, ou encore il avait choisi la branche la plus haute : « Pour moi et mes deux compagnons, comme nous ramions de toutes nos forces, nous nous trouvâmes les plus avancés dans la mer, et hors de la portée des pierres » ; « Je fus submergé moi-même ; mais en revenant au-dessus de l’eau, j’eus le bonheur de me prendre à une pièce du débris » ; « [Le serpent] s’éleva contre le tronc, et rencontrant mon camarade qui était plus bas que moi, il l’engloutit tout d’un coup, et se retira. » Ces situations sont plus qu’improbables et ne laissent que très peu de doutes quant à la possibilité de tels événements.

Sindbad est également confronté à de grandes richesses, qui sont là pour donner envie au lecteur de posséder de tels objets : vase de rubis, diamants, argent à profusion, etc. Mais c’est lors de son sixième voyage que l’auteur éblouit vraiment son lecteur avec la description d’une montagne merveilleuse : « C’est aussi une chose presque incroyable, que la quantité de marchandises et de richesses qui se présentaient à nos yeux de toutes parts. […] Ce qu’il y a de remarquable dans ce lieu, c’est que les pierres de la montagne sont de cristal, de rubis, ou d’autres pierres précieuses. On y voit aussi la source d’une espèce de poix ou de bitume qui coule dans la mer, que les poissons avalent, et rendent ensuite changé en ambre gris, que les vagues rejettent sur la grève qui en est couverte. » Et toujours mû par cette volonté de surenchère, l’auteur nous détaille les richesses que Sindbad a réussi à sauver de son naufrage et qu’il embarque avec lui sur son radeau de fortune : « Quand il fut achevé, je le chargeai de quelques ballots de rubis, d’émeraudes, d’ambre gris, de cristal de roche et d’étoffes précieuses. » Avec toutes ces richesses sous les yeux, le lecteur ne peut qu’imaginer la magnificence de la chose et la désirer pour lui.

 

Ainsi, le conte a pour vocation de faire rêver le lecteur, de lui permettre de s’évader par mille façons différentes, que cela soit à travers la beauté des lieux, leur exotisme, les richesses décrites ou l’action de tous les instants. Et c’est cette histoire à la dimension de rêve que livre Shéhérazade à son roi en lui racontant les fabuleuses aventures de Sindbad le marin, pour reporter toujours le moment de sa mort, se rendre peu à peu indispensable et sauver d’autres vierges du massacre, tout en distillant des leçons de sagesse.

 

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