Sindbad le marin

par

L'apprentissage par le voyage

À travers ses différentes expériences, Sindbad va beaucoup apprendre sur lui-même, accroître ses valeurs morales, mais aussi découvrir de nouveaux peuples et diverses façons de vivre. De ces voyages, Sindbad sort grandi, plus sage, plus fort, et bien meilleur qu’il ne l’était.

 

A. Les dangers : une leçon de vie

 

Si le voyage est souvent synonyme d’aventures et de nouveautés, il peut également être associé au danger. En effet, se lancer dans une aventure sans prendre connaissance des risques paraît d’abord irréfléchi. Lors de son premier voyage, Sindbad se retrouve sur une île inconnue, sans vivres ni eau, perdu. Seules sa chance et sa verve lui permettent de rentrer sain et sauf à Bagdad. Conscient qu’il aurait pu mourir, le jeune homme se promet de ne plus quitter ses terres. Mais bientôt les dangers encourus sont oubliés et notre héros se décide à repartir : « J’avais résolu, après mon premier voyage, de passer tranquillement le reste de mes jours à Bagdad. Mais je ne fus pas longtemps sans m’ennuyer d’une vie oisive ; l’envie de voyager et de négocier par mer, me reprit ». Il prend des risques de plus en plus grands, qui le laissent toujours au seuil de la mort. Il ne faut pas moins de six voyages à Sindbad pour qu’il prenne réellement conscience des dangers qu’il court en parcourant les mers. Seul le septième et dernier se fait dans la crainte et non plus l’insouciance.

Ces divers voyages auront donc permis à notre héros d’apprendre qu’il faut avoir conscience de ses propres limites et ne pas chercher à sans cesse les dépasser, surtout lorsque cela exige de mettre sa vie et celle d’autrui en danger. Les risques du voyage l’auront donc rendu plus mature et réfléchi. À travers ces aventures, l’auteur nous montre quelques attitudes que l’on peut adopter face à l’adversité, et expose les leçons à tirer de telles histoires.

 

B. Amitié et ouverture d’esprit

 

Sindbad aura également la chance de faire la rencontre de nombreux hommes, tous différents, qui lui apporteront de riches connaissances. Ainsi, il rencontre tout d’abord le roi Mihrage, homme avide de contes fantastiques, généreux, qui lui permet non seulement de se restaurer sur son île, mais également de rester à ses côtés jusqu’à ce qu’il puisse rentrer dans sa ville d’origine. Viendra le tour d’un groupe de marchands, qui plutôt que de lui voler les diamants qu’il a amassés le ramènent à bon port, sans exiger de lui plus que de raison. Beaucoup d’hommes satisfaits de ce qu’ils ont, ne cherchant pas à accumuler plus que de raison des richesses, croisent son chemin, lui apprenant ainsi à se contenter des biens en sa possession et à ne pas désirer toujours plus : « Il se contenta d’en prendre un seul, encore le prit-il des moins gros ; et comme je le pressais d’en recevoir d’autres sans craindre de me faire tort : “Non, me dit-il, je suis fort satisfait de celui-ci, qui est assez précieux pour m’épargner la peine de faire désormais d’autres voyages pour l’établissement de ma petite fortune.” »

Lors de son quatrième voyage, Sindbad est convié à se marier et à rester sur l’île par un peuple très avenant, mais aux coutumes surprenantes. En effet, ces hommes ont la particularité de monter leurs chevaux sans selle et d’enterrer vivant un conjoint survivant. Si Sindbad leur apprend l’existence de la selle et leur apporte une commodité venue de chez lui, il se plie à leur coutume concernant la mort, même à contrecœur. Il est donc capable d’accepter une vision différente des choses, même si elle lui semble affreusement barbare : « il m’entretenait de cette étrange barbarie, dont la nouvelle m’effraya cruellement ». Même si son instinct de survie et la chance lui permettent d’échapper à un sort aussi funeste, il ne tente à aucun moment de s’échapper avant d’être enterré. Cela montre de sa part une ouverture d’esprit que seuls le voyage et la rencontre avec des individus très différents ont pu faire naître chez lui.

Sindbad apprend également à accepter la différence de couleur lors de son sixième voyage, alors qu’il devient ami avec un peuple noir, chose peu commune à une époque où la mixité n’est pas forcément promue. Son amitié sera d’ailleurs si forte avec le roi Serendib que celui-ci le chargera de transmettre ses amitiés au roi de Sindbad, le priant de bien vouloir accepter qu’ils se quittent sur un pied d’égalité, leur rang étant égal selon lui : « Quoique le présent que nous vous envoyons, soit peu considérable, ne laissez pas néanmoins de le recevoir en frère et en ami, en considération de l’amitié que nous conservons pour vous dans notre noir cœur, et dont nous sommes bien aises de vous donner un témoignage. Nous vous demandons la même part dans le vôtre, attendu que nous croyons le mériter, étant d’un rang égal à celui que vous tenez. »

Ainsi, par ses voyages, Sindbad permet l’entente entre divers peuples, bien qu’ils aient des coutumes, des apparences et des valeurs différentes. Ses aventures sont donc placées sous le signe de l’amitié et du partage, sans aucun jugement de valeurs.

 

C. La vie plus précieuse que l’or

 

Enfin, grâce à ses découvertes, mais aussi grâce aux dangers encourus tout au long de ses aventures, Sindbad le marin comprend enfin quelles sont les valeurs essentielles : être en vie est un bien précieux cadeau, qui ne sera jamais égalé par toutes les richesses du monde. Il n’a plus besoin de partir à la conquête de l’or pour être heureux : il préfère le distribuer généreusement à qui en a besoin. Il sait désormais qu’il existe des valeurs tels l’amitié, la morale, le partage, qui sont des présents bien plus beaux que les bijoux et l’or, et qui servent non pas à enrichir matériellement mais à enrichir le cœur.

Ainsi, à son sixième voyage, Sindbad comprend qu’il faut savoir profiter de la chance que Dieu lui donne et arrêter d’affronter le destin afin de profiter de sa vie, de sa famille ainsi que des biens qu’il a reçus : « Au retour de mon sixième voyage, j’abandonnai absolument la pensée d’en faire jamais d’autres. […] je m’étais bien promis de ne plus m’exposer aux périls que j’avais tant de fois courus. » Mais le sort en décide autrement, exposant une dernière fois sa vie aux périls de la mer et le rendant sûr à jamais de ne jamais retourner voyager.

En racontant ses aventures à Hindbad, notre héros lui fait comprendre qu’il mérite sa situation et que par les dangers qu’il a encourus, sa vie lui est devenue précieuse et qu’il se doit d’en prendre soin et de profiter au maximum de la chance qui lui est offerte. Lui qui est toujours en vie alors qu’il a vu tant de ses compagnons périr, toujours dans de grandes souffrances, se doit de vivre heureux, sagement et généreusement, pour rendre hommage au sacrifice qu’ils ont tous fait pour sauver sa vie à lui.

Le voyage devient donc une grande leçon d’apprentissage de la vie, aussi bien pour Sindbad que pour le lecteur qui découvre ses aventures et apprend l’attitude qu’il est bon d’adopter au quotidien. Afin d’ancrer dans la mémoire du lecteur les valeurs morales à adopter, le narrateur met une dernière fois en avant la beauté de cœur de son personnage, clôturant ainsi son histoire : « Vous méritez non seulement une vie tranquille, mais vous êtes digne encore de tous les biens que vous possédez, puisque vous en faites un si bon usage, et que vous êtes si généreux. Continuez donc de vivre dans la joie jusqu’à l’heure de votre mort. »

 

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