Vingt mille lieues sous les mers

par

Conseil

De nos jours, Conseil apparaît comme un personnage tout à fait incroyable, surtout parce qu’il n’est plus commun de se faire accompagner de domestiques – surtout de domestiques aussi déférents que l’est Conseil. De plus, il dérange, dû à la façon qu’a Verne, à travers Aronnax, d’en parler comme du « type flamand », ce qui frappe aujourd’hui comme du racisme – et qui plus est désuet. Le mot « racisme » n’est pas trop fort : un personnage très semblable apparaît dans plusieurs autres œuvres de Verne ainsi que de ses contemporains, et très souvent il est noir – pensons à Nab dans L’Île mystérieuse. C’est le serviteur ou l’esclave dévoué à son maître, inférieur au personnage principal, et tout à fait heureux de sa position, intelligent d’une certaine façon, mais peu informé par ailleurs, et donc bien utile à l’auteur, qui peut utiliser ce manque de savoir comme excuse pour faire expliquer les choses au personnage principal.

Conseil fonctionne comme l’un des éléments comiques de Vingt mille lieues sous les mers, avec son imperturbabilité et son insistance à parler d’Aronnax à la troisième personne, chose qui irrite le professeur lui-même. Sa connaissance encyclopédique mais peu pratique des animaux de la mer a aussi son utilité pour le côté éducationnel du roman, bien qu’il soit possible de s’en lasser. On peut aussi le considérer mal nommé : en effet, il ne semble pas très capable de donner des conseils, et la seule fois qu’on lui demande son opinion sur l’idée d’évasion il se récuse, insistant sur sa volonté de simplement suivre « Monsieur ». En somme, Conseil est l’idéal du serviteur pour la bourgeoisie française du XIXe siècle.

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