Vingt mille lieues sous les mers

par

Le Capitaine Nemo

Le mystérieux capitaine Nemo est insondable parce qu’il le veut ainsi. Même son choix de nom souligne combien il s’est dépourvu de son passé : il signifie en effet « personne » en latin. Capitaine sans nom, il prétend en avoir fini avec la terre, au point d’avoir inventé une nouvelle langue pour que lui et ses compagnons n’aient pas à se souiller la bouche d’une langue terrestre. Pourtant, il s’avérera qu’il est encore tourmenté par son passé et qu’il ne peut s’en échapper. Il découvrira que prendre sa vengeance sur un navire de guerre ennemi et le couler à pic, tuant tout son équipage, ne suffit pas à le soulager de la perte de sa famille et de son pays.

Ce qu’on sait de lui est qu’il est un homme de goût, qu’il fut extraordinairement riche même avant de se mettre à piller les mers, et qu’il est un génie de la mécanique. Il a en effet conçu le Nautilus au complet, et s’il n’a pas peur d’admettre avoir utilisé les idées et les produits des autres, il en demeure que c’est lui qui a tout combiné. Il est aussi excellent musicien. Malgré sa misanthropie, il espère quand même léguer son savoir au monde et note les résultats de sa recherche et ses découvertes dans un document qu’il a l’intention de laisser découvrir un jour après sa mort.

En général très calme, il cache sous cette apparence posée une vague de passions qui quelquefois émerge : haine de l’humanité, amour des rebelles de toutes sortes, ferveur de la découverte, fierté parfois poussée jusqu’à la mégalomanie, une sombre désolation qu’il ne peut parer. Il ressent profondément les pertes des membres de son équipage. Il est capable d’une grande pitié, mais aussi d’une férocité implacable qui le mène à de sanglantes tueries. C’est l’apparente incompatibilité de ces deux aspects qui le rend si fascinant, tout autant que le mystère dont il est enveloppé.

Son caractère se durcira au cours de son voyage ; surtout après qu’il eut fait sombrer le navire de guerre. Il enlèvera sa compagnie à Aronnax, bien qu’en général jusque-là il semblait avoir pris goût à la présence d’un autre scientifique à bord. Sa déprime évidente après que le massacre du navire de guerre n’eut pas assouvi sa peine laisse penser à la possibilité d’un suicide ; que le Nautilus se soit engagé dans le maelstrom n’est peut-être pas un accident. Possiblement le capitaine a décidé d’éprouver une fois pour toute la résistance de son vaisseau, n’ayant plus peur de mourir ; mais cette hypothèse n’est jamais confirmée.

On ne saura jamais dans Vingt mille lieues sous les mers quelle est l’origine du capitaine Nemo. Jules Verne l’a imaginé comme un noble polonais à la famille victime de l’oppression russe, mais son éditeur, de peur de plaintes de la part de l’ambassade de Russie, lui fit enlever ces précisions. Le mystère demeure donc, et peut-être est-ce mieux ainsi dans le cadre de ce roman. Dans L’Île mystérieuse, qui est en partie une suite de ce roman-ci, Verne fera réapparaître le capitaine Nemo en donnant cette fois une histoire à ses origines, selon laquelle il serait un prince indien, et sa haine serait vouée à l’Angleterre plutôt qu’à la Russie. Mais ces explications sont inutiles pour une appréciation du capitaine dans son roman d’origine.

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