Vingt mille lieues sous les mers

par

Homme et nature

Naturaliste, Pierre Aronnax ne pouvait qu’attraper la « fièvre de découverte » qui sévit pour tout curieux à bord du Nautilus. Mais son amour de la nature semble plus scientifique qu’esthétique, tout comme celle de Conseil, qui ne connaît qu’une classification écrite, sans la moindre compréhension de sa réalité. À ceux-là, s’ajoute Ned Land, qui apprécie ce qu’offre la nature à un niveau plus primaire : exercice, chasse, biens négociables et bonne nourriture. Au-dessus d’eux il y a le capitaine Nemo, qui réunit leurs expériences en y rajoutant l’esthétisme.

Leurs diverses expériences des perles permettent peut-être le mieux de révéler les contrastes entre les personnages. Aronnax est capable de longuement disserter à leur sujet ; Conseil lui classe les types d’huîtres ; tandis que Land en ramasse pendant leur promenade, y voyant leur utilité financière au cas où ils réussiraient à s’échapper. Le capitaine Nemo en sait tout ce qu’il faut et les utilise pour renflouer ses finances, mais il en crée aussi, si on doit croire à la supposition d’Aronnax. Même si cette supposition est fausse, il est évident que Nemo regarde différemment du scientifique la perle immense qu’il leur montre. Aronnax désire uniquement mesurer les dimensions de cette perle et en tout savoir ; Nemo lui, plus contemplatif, désire la laisser mûrir et s’embellir. Land, sans doute, la vendrait tout simplement si elle tombait entre ses mains.

Verne illustre donc les différentes réactions que peuvent avoir les humains devant la nature. Mais sa mission éducative n’en transforme pas moins Vingt mille lieues sous les mers en documentaire – documentaire mi-imaginé, soit, mais c’est quand même du Jacques Cousteau avant la lettre. À travers la plume d’Aronnax, Verne nous livre tout ce qu’il sait de la mer ; il y a des pages qui semblent n’être que des listes de poissons. À une époque où les sous-marins n’existent en somme que dans l’imagination, on comprend que l’idée de voyager sous les mers soit excitante. Verne nous explique que ce qui en ferait l’excitation serait la découverte de la nature, et il nous fait partager cette excitation. Il place l’exploration des mers surtout sous le signe du savoir, même s’il y ajoute quelques événements plus dramatiques. Cependant la présentation de cette mer foisonnante de vie n’est pas simplement encyclopédique : à se voir raconter la multiplicité des espèces, les merveilles qu’elles sont, on attrape la fièvre de la beauté que cette variété présente. C’est pourquoi la vision d’une mer vidée de toutes ses espèces fait un certain effet : la perte de tout ce qu’énumère Aronnax paraît soudain d’autant plus tragique. Malheureusement, cette hypothèse est une de celles que l’auteur avait soulevées avec quelque à-propos, semblant cerner le sens de l’histoire.

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