Boule de Suif

par

Les Bréville

Ce couple de passagers partage la diligence avec Boule de suif. Ce sont des notables, puisque « le comte et la comtesse Hubert de Bréville portaient un des noms les plus anciens et les plus nobles de la Normandie. Le comte, vieux gentilhomme de grande tournure, s’efforçait d’accentuer, par les artifices de sa toilette, sa ressemblance naturelle avec le roi Henri IV, qui, suivant une légende glorieuse pour la famille, avait rendu grosse une dame de Bréville, dont le mari, pour ce fait, était devenu comte et gouverneur de province. » Dès leur apparition, Maupassant les ramène à leur vrai rang : le comte tire de sa ressemblance supposée avec Henri IV une grande fierté : une de ses aïeules aurait fauté avec le vigoureux souverain, et le mari de celle-ci en aurait tiré moult bénéfices. La gloire des Bréville trouve sa source dans une infidélité conjugale. Il est piquant de voir de telles gens incarner la morale publique.

Ce n’est pas tout. Le comte Hubert a fait un mariage douteux : « L’histoire de son mariage avec la fille d’un petit armateur de Nantes était toujours demeurée mystérieuse Mais comme la comtesse avait grand air, recevait mieux que personne, passait même pour avoir été aimée par un des fils de Louis-Philippe », la bonne société ferme les yeux. Maupassant est clair : selon la rumeur, la comtesse, d’extraction bourgeoise, a été séduite avant son mariage. L’implicite de ce qu’écrit Maupassant est que le comte a épousé une dot plutôt qu’une jeune fille ; que le séducteur ait été un des fils du roi Louis-Philippe ajoute un peu de lustre à cette affaire. Après tout, les femmes de la famille semblent peu farouches quand un prince de sang réclame leurs faveurs.

« Collègue de M. Carré-Lamadon au Conseil général, le comte Hubert représentait le parti orléaniste dans le département. » Le comte Hubert n’est pas ingrat, et soutient le parti du roi Louis-Philippe. Leur « salon demeurait le premier du pays, le seul où se conservât la vieille galanterie ». Dans la mosaïque que forment les passagers de la diligence, ils incarnent l’aristocratie. Terminons ce portrait avec cette précision : les Bréville sont riches, très riches. C’est cette richesse qui pousse ce représentant de la fine fleur de la vieille noblesse à fuir devant l’ennemi : il préfère préserver sa fortune plutôt que de combattre l’envahisseur. Elle est loin, la noblesse d’épée d’autrefois.

Dans les manœuvres destinées à pousser Boule de suif dans les bras de l’officier, le comte Hubert déploie ses talents de diplomate, se montre courtois, parle d’abord à la jeune femme comme à une personne respectable, mais finit tout de même par la tutoyer. La noblesse affichée par le couple ne se retrouve en rien dans ses actes : noblesse de nom n’implique pas noblesse de cœur. Le jugement de Maupassant est sans appel : les Bréville sont des personnages négatifs. 

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