Boule de Suif

par

L'officier

C'est « un officier allemand, un grand jeune homme excessivement mince et blond, serré dans son uniforme comme une fille en son corset, et portant sur le côté sa casquette plate et cirée qui le faisait ressembler au chasseur d'un hôtel anglais. Sa moustache démesurée, à longs poils droits, s'amincissant indéfiniment de chaque côté et terminée par un seul fil blond, si mince qu'on n'en apercevait pas la fin, semblait peser sur les coins de sa bouche, et, tirant la joue, imprimait aux lèvres un pli tombant. » Ce n'est pas là l'image d'un guerrier, et l'analogie avec un chasseur d'hôtel le rend même un peu ridicule : nulle impression de puissance n'en émane, sinon celle que lui donne sa position dominante dans le village : il incarne l'autorité du pays vainqueur. À ce titre, il a tous les droits.

Il est désigné comme un Allemand par Maupassant. Pour les passagers de la diligence, c'est un Prussien : à leurs yeux, Prussien ou Allemand, c'est la même chose. Lorsqu'il décrit les troupes qui occupent le village, le bedeau déclare : « c'est pas des Prussiens à ce qu'on dit. Ils sont de plus loin, je ne sais pas bien d'où ». S'agit-il de Bavarois ? Viennent-ils de Saxe ? De Hesse ? Maupassant ne le précise pas. Qu'importe ; pour les passagers, c'est un Prussien, l'incarnation du Mal. Cet officier est instruit puisqu'il parle français, un « français d'Alsacien », teinté d'un fort accent que Maupassant transcrit : « Foulez-fous descendre, Messieurs et Dames ? » Il est donc poli, mais cette courtoisie est le vernis d'une nature odieuse. Par son physique, son langage...

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Dissertation à propos de Boule de Suif