Boule de Suif

par

Les Carré-Lamadon

Le couple Carré-Lamadon incarne la bonnebourgeoisie provinciale. « M. Carré-Lamadon, homme considérable, posé dansles cotons, propriétaire de trois filatures, officier de la Légion d’honneur etmembre du Conseil général », est un notable. « Il était resté, toutle temps de l’Empire, chef de l’opposition bienveillante, uniquement pour sefaire payer plus cher son ralliement à la cause qu’il combattait avec des armescourtoises, selon sa propre expression. » Ce frileux opposant à l’Empireest donc un républicain de la dernière heure. Comme le comte Hubert deBréville, il est riche. Ses responsabilités officielles et sa Légion d’honneurne pèsent cependant guère face à ses intérêts financiers ; c’est pourquoiil choisit de fuir devant l’ennemi, afin de préserver sa fortune.

« Mme Carré-Lamadon, beaucoup plus jeuneque son mari, demeurait la consolation des officiers de bonne famille envoyés àRouen en garnison. Elle faisait vis-à-vis à son époux, toute mignonne, toutejolie, pelotonnée dans ses fourrures ». Cette bourgeoise marque donc ungoût visible pour les jeunes gens en uniforme : sa vertu n’est pasirréprochable. Ce trait de caractère se confirme quand l’officier allemandapparaît dans le récit : Mme Carré-Lamadon « avait connu beaucoup d’officierset […] les jugeait en connaisseur ». De fait, elle regrette que le choixde l’officier ennemi ne se soit pas porté sur elle : « MmeCarré-Lamadon aurait voulu subir le sort de Boule de suif. » Maupassant,une fois encore, écorne le vernis de respectabilité des personnes ditesrespectables. En effet, la vertu de Mme Carré-Lamadon ne vaut pas mieux quecelle de Boule de suif. La différence est que les agissements de la bourgeoiseprovinciale sont drapés du voile de l’hypocrisie.

Le couple participe activement à la chute de Boulede suif, et se montre ensuite d’une cruelle ingratitude. Là encore, Maupassantgrave à l’eau-forte un portrait négatif. 

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