Caligula

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Caligula

Caligula, jeune empereur de Rome, fait pratique d’imposer sur le monde, une philosophie de liberté totale, du moins en ce qui le concerne. Après la mort de sa sœur et amante Drusilla, il se révolte contre un monde qui l’empêche de s’épanouir de n’importe quelle manière qu’il le désire. Il choisit donc de donner libre cours à chacune de ses fantaisies, confiant dans le fait qu’on n’osera s’opposer à lui. À ceci il rajoute un refus de mensonge : il annonce très clairement sa pensée, ses désirs, et ses intentions, mettant au défi ses auditeurs d’argumenter. Il possède une remarquable expertise logique qui le laisse capable de « prouver » que ses disputeurs pensent autrement qu’ils le croient. Étant entouré de patriciens bien moins intelligents que lui, à l’hypocrisie facile, il n’est guère difficile à Caligula de trouver une manière de justifier tous ses crimes, voire même à en rendre coupables ses victimes.

Fort intelligent, Caligula nous est rapporté comme ayant été un doux poète avant la mort de Drusilla. Cet aspect n’est pas mort chez lui; on verra dans ses relations avec Scipion, qu’il existe encore chez lui l’amour de la nature et du beau verbe. Mais il étouffe cet aspect de sa personnalité pour pousser jusqu’au bout son projet philosophique, celui d’imposer au monde un nouvel ordre sous lequel sa liberté personnelle sera possible. Tout cela le mène au transvestisme, au blasphème et au meurtre continu – c'est-à-dire à la transgression continue. Il pousse contre les limites de ce qui lui est possible de faire, de façon qui suggère qu’il est un détraqué mental. Pourtant tout est fait avec une certaine logique, si, comme le demande Caesonia, on prend la peine d’essayer de le comprendre ; mais même elle ne comprendra pas à quel point il désire d’être solitaire et les petits moments d’humanité qu’elle éveille en lui signeront sa propre mort.

Caligula nie l’importance de la mort de Drusilla, mais c’est pourtant cette mort qui déclenche le cours de sa vie. Mais ce n’est pas (selon Caligula) une peine d’amour qui a fait de lui un être féroce, plutôt, c’est que cette mort lui a révélé que le bonheur qu’il connaissait avec Drusilla lui était insuffisant. Ce qui est curieux c’est qu’il prend cette décision après la mort de cette amante. Juste avant sa mort, il notera que « si l’amour était suffisant, tout serait changé ». Il est permis de croire que c’est en effet la peine de perdre Drusilla qui l’a mené à ses crimes, même s’il enrobe le tout de ses arguments philosophiques. Tout au long, Caligula réclamera la lune, sachant pourtant que c’est une illusion : il ne peut pas plus avoir la lune qu’il n’aurait pu ressusciter Drusilla ou qu’il ne peut se libérer de lui-même. Il mourra réalisant qu’il n’a pas trouvé la bonne solution à son l’énigme, mais pouvant encore affirmer, sinon sa liberté, du moins son existence.

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