Cannibale

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Le contexte de la narration de Cannibale

Paru en 1998, Cannibale décrit une exposition coloniale qui s’est tenue en 1931. Cependant, le récit de Gocéné, un des Kanaks enlevé à son village pour être exhibé comme un animal lors de cette exposition, est le récit fait à deux jeunes Kanaks armés qui bloquent une route, entre Poindimié et Tendo. Les deux jeunes gens montrent du respect à Gocéné le Kanak mais n’ont aucune estime pour le Blanc Caroz, qu’ils forcent à rebrousser chemin : « Demi-tour ! Tu as compris ? On ne discute pas. Demi-tour ! » Dans quel contexte ces brutales injonctions sont-elles jetées à la face d’un vieil homme paisible ?

Des « événements » – c’est ainsi qu’en France on désigne pudiquement les troubles qui accompagnent les soulèvement indépendantistes – ont secoué la Nouvelle-Calédonie entre 1984 et 1988. C’est dans ce contexte qu’est enchâssé le récit de Gocéné. À cette époque, la Nouvelle-Calédonie est une possession française où la population autochtone, les Kanaks, qui souhaitent voir le destin de leur terre séparé de celui de la métropole, font face aux Caldoches, Blancs et métis qui voudraient que la Nouvelle-Calédonie demeure possession française. Comme toujours, les deux camps eurent bien du mal à s’asseoir autour d’une table et à trouver une issue pacifique à la crise : le sang coula pendant ces « événements ».

Didier Daeninckx ne précise pas le moment précis où le petit barrage kanak coupe la route. Ce qui est sûr, c’est que l’heure n’est pas au dialogue : Wathiok et Kali, les deux jeunes gens, renvoient brutalement Caroz. Quelque temps après, un hélicoptère de la gendarmerie vient observer les lieux ; enfin, quelques heures plus tard, ce sont deux hélicoptères qui fondent sur le barrage : « Les premiers coups de feu claquent, éparpillant tous les oiseaux de la forêt. » L’auteur ne précise pas qui a ouvert le feu. Cependant, l’issue du combat sur la petite route ne fait aucun doute : que peuvent Wathiok et Kali, armés de fusils, contre deux hélicoptères et des militaires aguerris ? Cependant, le propos de Didier Daeninckx porte davantage sur l’humain que sur le politique : Gocéné fait demi-tour et va porter secours aux jeunes hommes. Il sait que son geste est voué à l’échec, mais il applique la leçon de Caroz : il faut être aux côtés du faible et se dresser contre l’arbitraire, même si la lutte est perdue d’avance.

Les « événements » furent sanglants, les deux camps comptèrent des morts. Les discussions apportèrent plus de bien que les balles, et une solution, temporaire et transitoire, fut trouvée, permettant aux deux communautés de cohabiter pacifiquement et reconnaissant la culture kanak comme consubstantielle à l’identité de l’archipel de Nouvelle-Calédonie.

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