Cannibale

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Résumé

Le récit commence en Nouvelle-Calédonie,probablement en 1988, pendant les événements opposant les partisans d’uneKanaky libre aux autorités françaises. Deux hommes roulent sur une routedéserte et en mauvais état. Ce sont deux septuagénaires ; l’un est lenarrateur, un Kanak nommé Gocéné ; l’autre, le conducteur, est un Européendu nom de Caroz. Leur route est soudain coupée par un barrage tenu par deuxjeunes hommes armés. Ceux-ci renvoient Caroz, lui interdisant, en tant qu’Européen,de poursuivre sa route : il n’a rien à faire là. Gocéné décide decontinuer à pied, non sans avoir accepté le thé que lui proposent les deuxjeunes hommes. Le vieillard va leur raconter son histoire, leur dire qui estCaroz pour lui, et leur faire comprendre qu’ils ont commis une erreur en lechassant.

Les rebelles commencent par interrogerGocéné : pourquoi était-il en compagnie d’un de ces blancs qui onttoujours obligé leurs ancêtres à courber l’échine ? Gocéné explique que siCaroz est blanc par la peau, c’est un Kanak dans l’âme, puisqu’il a fait de laprison pour avoir défendu son ami. Les rebelles ne veulent pas le croire etGocéné commence à raconter son histoire. Lorsque Gocéné était jeune, la Franceétait à l’apogée de sa puissance coloniale. Les célébrations à la gloire d’uneFrance qui se voyait porteuse de civilisation étaient nombreuses. L’Expositioncoloniale de 1931 fut de celles-là. Le récit de Gocéné emmène les jeunes Kanaksen cette année lointaine. Gocéné et plusieurs autres Kanaks sont désignés, sansqu’on leur demande leur avis, pour prendre part à l’Exposition. Parmi eux setrouve la fiancée de Gocéné, Minoé, et son ami Badimoin. Ils quittent leurvillage et après une longue marche atteignent la capitale Nouméa où ils sontaccueillis par l’adjoint du gouverneur, Joseph Guyon. Quand celui-ci lesappelle ses amis, la méfiance des Kanaks s’éveille.

Le 15 janvier 1931, ils embarquent endirection de la France pour participer à l’Exposition coloniale. Sur le bateau,les conditions sont exécrables : certains Kanak contractent la malaria, ettrois morts sont jetés à la mer, sans que soient respectés les rites funérairesde leur religion. Quand ils arrivent à Marseille, les voyageurs n’ont guère letemps d’admirer la grande ville puisqu’on les embarque immédiatement dans untrain à destination de Paris. De là, ils sont emmenés au jardind’acclimatation, tout proche du bois de Vincennes. On leur a promis qu’ilsvisiteront la capitale et qu’ils seront bien logés ; une cruelle désillusionles attend. Ils sont parqués et encagés comme des animaux au jardin zoologique,entre la cage aux lions et le marigot des crocodiles. La nourriture qu’on leurdonne est infecte et devant leur cage est planté un panneau qui les désignecomme des anthropophages. Ils doivent se dévêtir, pousser des cris sauvages, selivrer à de grotesques démonstrations. Les Kanaks sont ulcérés, maisimpuissants. Quant à Gocéné, il ne quitte pas Minoé des yeux : il a promisau père de celle-ci qu’il veillerait sur elle.

Mais un problème survient. Les crocodiles dumarigot sont tous morts ! Cela risque de produire un effet déplorable surles visiteurs. On en fait donc venir d’urgence, et c’est un cirque allemand quiaccepte de les prêter, à condition qu’en échange on leur prête autant de Kanaks.Marché conclu ! Les responsables français vont donc puiser dans ce qu’ilsconsidèrent comme un cheptel : ils mentent aux Kanaks en leur affirmantque celles et ceux qui sont choisis vont effectuer une promenade dans Paris.Les malheureux comprennent qu’on leur cache quelque chose, et quand Gocéné voitqu’on emmène Minoé, il bondit. Hélas, les policiers on tôt fait de l’assommer.Quand il revient à lui, la jeune fille a disparu. Gocéné et son ami Badimoindécident de s’évader et de partir à leur recherche.

Rien de plus simple pour eux que des’échapper. Mais une fois dehors, comment explorer la ville immense qui s’offreà eux ? Ils découvrent la circulation automobile, les foules pressées, lesrestaurants, le métro. Malgré les vêtements occidentaux qu’ils portent, leuraspect éveille la curiosité des Parisiens. Leur quête les mène dans un refugede l’Armée du Salut où leurs compagnons ont fait étape, puis à la gare del’Est, d’où le train pour Francfort va partir. Ils ne savent pas lire, toutleur est étranger, ils perdent un temps précieux et manquent le train dejustesse. Mais la police est à leurs trousses, et la poursuite s’engage entreles quais et les ballasts. Ils n’échappent aux policiers que grâce à l’aide deFofana, un balayeur africain, ancien soldat de l’armée d’Afrique qui a été gazépendant la Grande Guerre. Il leur permet de se restaurer et de prendre un peude repos.

Après réflexion, Gocéné et Badimoin décidentde retourner au zoo de Vincennes, afin d’interroger les responsables qui lesont séparés des leurs. Celui qui a pris la décision, Grimaut, est là, dans sonbureau. Quand les deux Kanaks font irruption, il balbutie quelques réponses quine satisfont pas les deux hommes. Malheureusement, l’alerte est donnée. Les policiersse précipitent, Gocéné et Badimoin prennent la fuite. Des coups de feu résonnent :Badimoin est atteint d’une balle dans le dos et s’effondre, mortellementblessé. Un policier s’approche, pointe son arme sur le front de Gocéné, il vafaire feu quand un homme s’interpose. Il prend les policiers à partie : illes a vus tirer dans le dos de Badimoin, il les voit sur le point d’abattre unhomme désarmé. Son intervention sauve Gocéné, qui est arrêté par la police,ainsi que son sauveur. Cet homme, c’est un ouvrier, un badaud, il s’appelleCaroz.

Le vieux Gocéné est presque au bout de sonhistoire. Il conclut : Caroz, l’homme blanc que les jeunes rebelles ontchassé, a été condamné à trois mois de prison. Quant à lui, Gocéné, il a passéquinze mois à la prison de Fresnes. Il est retourné au pays après ses camaradesd’infortune, il a retrouvé Minoé et l’a épousée. Des années plus tard, Carozest venu le voir en Nouvelle-Calédonie, est tombé amoureux du pays et s’y estinstallé. Il est temps pour Gocéné de quitter les jeunes hommes qu’il amaintenant instruits. Mais au bout de quelques pas, il entend les hélicoptèresdes forces armées françaises qui se dirigent vers le barrage, puis les rafalesdes armes automatiques. Alors, comme Caroz l’avait fait pour lui, il va ausecours de ces jeunes gens en danger.

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