Cannibale

par

Wathiok et Kali

Ce sont les deux jeunes Kanaks qui arrêtent lavoiture occupée par Gocéné et Francis Caroz, alors en route vers Tendo, levillage de Gocéné. « Vêtus de jeans, de tee-shirts bariolés, le visageencadré par la lourde coiffe rasta », ces jeunes patriotes font flotter ledrapeau de la Kanaky – en opposition au drapeau tricolore français – sur leurbarrage. Ils sont armés, décidés, fermes : ils enjoignent à Caroz, qu’ilsappellent « grand-père », de rebrousser chemin. Ils prennent Carozpour un Caldoche, un Blanc de Nouvelle-Calédonie, un adversaire, et ses cheveuxblancs ne leur inspirent aucun respect. En revanche, ils accueillent Gocénéautour de leur bouilloire et partagent le thé. Le barrage se transforme alorsen lieu de palabre : l’ancien instruit les jeunes en leur contant sonhistoire.

Les troubles qui agitent l’île avant lesaccords de Matignon de 1988 ont vu bien des violences, et Didier Daeninckxlaisse planer le doute sur le sort des jeunes hommes après que Gocéné a quittéle barrage : le lecteur sait que deux hélicoptères, des gendarmes ou dessoldats français approchent le barrage pour dégager la route. Armés de fusils,Wathiok et Kali n’ont pas l’ombre d’une chance de remporter un combat contreles forces de l’ordre. « Les premiers coups de feu claquent » ;qui a tiré ? Sur qui ? Didier Daeninckx laisse le lecteur dansl’ignorance du sort des deux jeunes Kanaks. 

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