Comme il vous plaira

par

Indépendance féminine

Rosalinde est sans doute le personnage féminin le plus indépendant chez Shakespeare, ce qui n’est pas peu dire lorsqu’on pense à Cléopâtre, Lady Macbeth, Béatrice, Viola, Katherine, ou Helena. Affranchie de ses vêtements féminins comme Viola, Rosalinde ne passe pas son temps dominée par un homme comme cette dernière, elle n’est aux ordres de personne. Elle prend les devants comme Helena, mais sans l’obsession de cette dernière. Seule Cléopâtre l’excède en termes de liberté d’action ; mais Rosalinde ne souffre pas des désavantages de la passion folle. Tout amourachée qu’elle soit, elle demeure raisonnable – du moins, raisonnable selon les limites d’une comédie amoureuse. Les femmes préfèrent ainsi jouer, sans tomber trop amoureuse pour ne pas se perdre : « Fais de l'amour un jeu ; mais ne va pas aimer sérieusement un homme. »

Rosalinde se méfie des hommes, elle le dit à Orlando, qui l'aime pourtant : « Dites un jour, sans l'éternité. Non, non, Orlando. Les hommes sont Avril quand ils font la cour, et Décembre quand ils épousent. Les filles sont Mai tant qu'elles sont filles, mais le temps change dès qu'elles sont femmes. Je prétends être plus jalouse de toi qu'un ramier de Barbarie de sa colombe, plus criarde qu'un perroquet sous la pluie, plus extravagante qu'un singe, plus éperdue dans mes désirs qu'un babouin. Je prétends pleurer pour rien comme Diane à la fontaine, et ça quand vous serez en humeur de gaieté ; je...

Inscrivez-vous pour continuer à lire Indépendance féminine >

Dissertation à propos de Comme il vous plaira