Contes

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Frères Grimm

Chronologie

 

1785-1786 : Jacob Grimm naît en 1785 à Hanau, dans le Hesse-Cassel, État du Saint-Empire romain
germanique (aujourd’hui en Hesse, Allemagne), et son frère Wilhelm naît dans la même ville en 1786. Leur famille comptait nombre de pasteurs. Leur père, qui
avait été nommé bailli, meurt alors qu’ils ont une dizaine d’années. Ils
étudient tous deux le droit à l’université de Marbourg, où ils ont pour
maître Friedrich von Savigny, grand
juriste allemand. Ils lisent Gœthe, Schiller, se passionnent pour les écrivains
romantiques et commencent, à partir de 1806,
à collecter les contes populaires qu’ils rencontrent ou dont ils se souviennent. L’intérêt
de Jacob notamment s’infléchit de la littérature juridique vers la littérature
de l’ancien allemand. Après la mort de leur mère, il devient bibliothécaire de Jérôme Bonaparte, le
frère de Napoléon, alors roi de Westphalie. Wilhelm pour sa part doit voyager
pour sa santé, et rencontre plusieurs écrivains dont Brentano et Gœthe.

1811 : Les deux frères avaient déjà publié des articles dans des revues mais
leurs premiers ouvrages paraissent
en 1811. Jacob publie Über den
Altdeutschen Meistergesang
, un livre sur la poésie allemande des troubadours, tandis que Wilhelm fait paraître Altdänische Heldenlieder, un recueil de
traductions d’anciennes légendes
danoises
.

1812 : Les Contes d’enfants et du foyer (Kinder- und Hausmärchen) (cf.
ci-dessous)
qui commencent à paraître, sont le deuxième
ouvrage qu’ils publient ensemble. Un deuxième volume paraîtra en 1815, avec une
préface, Sur la nature du conte (Über das Wesen des Märchens), par
Wilhelm, qui y défend cette « poésie
naturelle 
» que les deux frères promouvaient, contre Brentano par
exemple, critique vis-à-vis de leur travail, qui défendait pour sa part une poésie
d’art, moderne, recréatrice. L’édition des Contes
sera augmentée en 1822.

Les deux frères s’intéressent également à
d’autres textes importants d’autres pays, comme l’Edda, manuel de poésie
scandinave traditionnelle grâce auquel fut redécouvert au XVIIIe
siècle la mythologie nordique, et qu’ils tentent d’éditer en allemand ; ou
encore au Roman de Renart, dont ils
voudraient donner également une version dans leur langue ; aux romances
espagnoles aussi, dont Jacob publiera un choix critique en 1815. Ils
participent en outre aux discussions sur la Naturpoesie – de façon
moins imagée : une poésie « populaire » – et à la Kuntspoesie
– c’est-à-dire la poésie moderne, recréée, ou « poésie d’art ».

Après la dissolution du royaume de Westphalie en
1813, Jacob devient secrétaire de légation auprès du
prince-électeur de Hesse, puis en 1816 bibliothécaire
en second à Cassel, où Wilhelm travaille
depuis 1814. En 1816 et 1818 paraissent les deux tomes des Deutsche Sagen, un
recueil de légendes, de sources
orales ou écrites. Les deux frères mènent pendant toute cette période une vie commune de célibataires, qui se
poursuivra même après le mariage de Wilhelm en 1825. Leur parcours est le lieu
d’une profonde intimité, basée sur
une communauté de sentiments et
d’intérêts intellectuels
, et qui nourrit leur vie et leur œuvre de bout en
bout.

1818 : Jacob commence à faire paraître sa Grammaire allemande. Il
en achève le deuxième tome en 1826, deux autres tomes suivront en 1831 et 1837.
À l’instar de Savigny qui avait introduit la méthode historique dans l’étude du droit, il l’applique à son tour
à la linguistique pour expliquer les
formes des mots du passé et du présent.
Les lois de Grimm rendent compte,
depuis, des mutations consonantiques
qui ont sédimenté au fil du temps. Il étudie en outre les changements de voyelles, selon la loi de l’Umlaut, et parvient à
des découvertes sur la métaphonie – relativement à leur palatalisation –, et
l’apophonie – qui mène à expliquer, à partir de l’étude des variations
vocaliques, certaines structures verbales. L’auteur tente ainsi de rendre
compte de l’évolution particulière de l’allemand depuis l’indo-européen. Wilhelm
poursuit de son côté ses publications, notamment sur les runes et les chants
héroïques allemands.

1825 : Une édition en un volume des Contes
contribue largement à leur popularité. Elle est illustrée par leur frère
Ludwig Emil Grimm. Le succès ira en augmentant, notamment avec la troisième édition de 1837, dont Wilhelm s’occupe quasiment
seul, et l’émergence d’une classe bourgeoise, cliente de récits moraux adressés
aux enfants. Cette troisième édition, plus austère, se signale par le soin
érudit avec lequel Wilhelm l’a commentée.

1829 : Les deux frères démissionnent de la bibliothèque de Cassel et
commencent à travailler à l’université
de Göttingen
, à Hanovre, Jacob comme professeur, Wilhelm comme
bibliothécaire, puis lui-même comme professeur à partir de 1835.

1835 : Jacob fait paraître sa Mythologie germanique (Deutsche
Mythologie
), tentative de fonder scientifiquement l’étude de l’ancienne vie religieuse des peuples
germaniques. Il livre ainsi un travail historique et philologique au cours
duquel il met en valeur les réapparitions,
sous d’autres formes, de la religion païenne
lors de la propagation du christianisme, la survivance de certains rites
venus se mêler au culte chrétien. Il a cependant dû travailler avec des
documents qui évidemment ne remontaient pas aux sources et se présentaient
imprégnés de christianisme. De même, les chants de l’Edda qu’il exploite ne livraient pas une matière spécifiquement
germanique mais nordique.

1837 : Quand Ernest-Auguste devient roi de Hanovre et abroge la constitution
jugée trop libérale accordée par son frère Guillaume IV, lequel l’avait
précédé, les frères Grimm se trouvent parmi un groupe de sept professeurs
d’université qui protestent
publiquement et refusent de prêter
serment
au nouveau roi. Ils sont révoqués
de leurs postes d’enseignants mais encore les deux frères se retrouvent bannis des États du roi. Suite à
l’invitation du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV à venir enseigner à l’université Humboldt, les deux frères
s’installent définitivement à Berlin,
où ils sont également nommés membres de l’Académie des sciences.

1848 : Jacob est élu député au
premier parlement allemand, qui se réunissait à Francfort-sur-le-Main. Il
adhère au parti de la Kleines Deutschland. Cette année-là il publie également
son Histoire
de la langue allemande
(
Geschichte der deutschen Sprache).

1854 : Le premier tome du Dictionnaire allemand (Deutsches
Wörterbuch
) paraît, bien que sa rédaction ait commencé dès 1838. La proposition
de l’établir avait émané des éditions Weidmann, dans le but d’aider les deux
frères suite à leur renvoi de l’université de Hanovre. Quelques tomes seulement
paraîtront du vivant des deux frères, et de nombreux germanistes poursuivront
leur tâche, jusqu’au trente-deuxième volume de 1961. C’est Jacob qui avait la
main dessus, et son frère l’aidait. L’œuvre est dominée par une volonté de pureté ; en effet Jacob
Grimm était enclin à rejeter tout vocable étranger, tout élément emprunté
à d’autres langues, mais encore certains avatars modernes de mots auxquels il préférait des formes archaïques. Une grande part du dictionnaire est consacrée à
l’étymologie, à l’étude de la
formation des mots, et Grimm dans les comparaisons qu’il établit emploie la nouvelle linguistique comparée dont il
était le promoteur. De nombreuses citations
en outre parsèment l’ouvrage.

1859-1863 : Wilhelm Grimm meurt
en 1859 à Berlin, et son frère en 1863 dans la même ville.

 

Éléments sur l’œuvre des
frères Grimm

 

En se livrant à l’édition des Contes, le projet des frères Grimm était
de sauvegarder, en le recueillant de la bouche du peuple, ce qui restait
de la vaste production de fictions
transmises oralement pendant le Moyen Âge germanique. Ce projet n’était
pas si original, puisque nombre de romantiques allemands s’y livraient. Ils
avaient notamment collaboré au Cor
merveilleux
de Brentano. En tout, les Grimm ont réuni plus de deux cents contes, dont certains avaient été racontés au
préalable par Perrault. Les plus connus sont : Blanche-Neige, La Belle au
Bois Dormant
, Cendrillon, Hansel et Gretel, Le Petit Poucet, Rumpelstilszchen,
Rapunzel, Le Petit Chaperon rouge, Les
Musiciens de la ville de Brême
et Barbe-Bleue.

Les Grimm ont pris soin de conserver le ton et les expressions des conteurs, et même quand
ils travaillent à partir de sources littéraires, de tenter de retrouver le style et le canevas primitifs,
reproduisant par exemple les tournures
de la langue paysanne. Pour eux, ces
contes révélaient l’âme du peuple
allemand
, il ne fallait surtout pas les retoucher, car l’inspiration de cette « poésie naturelle » était divine. D’où l’originalité de leur travail,
car leurs prédécesseurs infléchissaient souvent le fond du texte, la trame de
l’histoire. Le travail qu’ils ont opéré sur la langue, qui relevait simplement
pour eux d’un retour aux sources, engendrait en réalité une nouvelle langue allemande,
précise et poétique. Leur travail sur les légendes et les mythes est en
revanche imprégné de foi religieuse
et de patriotisme – influences qui
les poussent à faire des parallèles osés.

Les contes des frères Grimm transcendent les
âges comme les couches sociales, leur dimension mythique s’adresse à tous, mais
leur œuvre ne s’arrête pas là : il faut en effet rendre hommage, au-delà
des conteurs, aux fondateurs de la germanistique moderne, aux philologues qui se sont longuement penchés
sur la littérature médiévale allemande,
puis sur la langue allemande elle-même – dont ils
épinglaient l’appauvrissement –, au gré des éditions de la Grammaire allemande et du Dictionnaire allemand (voir ci-dessus).

Nombre de leurs pairs, parmi les écrivains et
les philologues, ont noté que Jacob se distinguait par un esprit aventureux,
qui versait souvent dans l’erreur, tandis que Wilhelm se montrait plus
consciencieux, minutieux, même si son œuvre, moins abondante, prospectrice
d’une façon moins enthousiaste, apparaît en retrait.

 

 

« Un jour, c’était au beau milieu de l’hiver et les flocons de
neige tombaient du ciel comme du duvet, une reine était assise auprès d’une
fenêtre encadrée d’ébène noir, et cousait. Et tandis qu’elle cousait ainsi et
regardait neiger, elle se piqua le doigt avec son aiguille et trois gouttes de
sang tombèrent dans la neige. Et le rouge était si joli à voir sur la neige
blanche qu’elle se dit : “Oh, puissè-je avoir une enfant aussi blanche que
la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire que le bois de ce cadre !”
Peu après, elle eut une petite fille qui était aussi blanche que la neige,
aussi rouge que le sang et aussi noire de cheveux que l’ébène, et que pour
cette raison on appela Blanche-Neige. Et quand l’enfant fut née, la reine
mourut. »

 

Les frères Grimm, Contes, Blanche-Neige, 1812-1822

 

« Ce que la grenouille
avait prédit arriva. La reine donna le jour à une fille. Elle était si belle
que le roi ne se tenait plus de joie. Il organisa une grande fête. Il ne se contenta
pas d’y inviter ses parents, ses amis et connaissances, mais aussi des fées
afin qu’elles fussent favorables à l’enfant. Il y en avait treize dans son
royaume. Mais, comme il ne possédait que douze assiettes d’or pour leur servir
un repas, l’une d’elles ne fut pas invitée. »

 

Les frères Grimm, Contes, La Belle au Bois-Dormant, 1812-1822

 

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