Derniers poèmes d'amour

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Résumé

Le recueil Derniers poèmes d’amour rassemble plusieurs petits recueils, tous consacrés à l’expression du sentiment amoureux, écrits durant les dix dernières années de la vie du poète. Moderne, Éluard opte exclusivement pour la forme du vers libre, libéré de presque toute ponctuation. Comme la tonalité est lyrique, on peut lire à travers ce recueil une autobiographie sentimentale du poète – de Nusch à Dominique, en passant par Jacqueline.

 

Nusch

 

Une longue réflexion amoureuse (1945)

 

« Où la femme est secrète l’homme est inutile », « Nusch » : Éluard raconte ses ébats sensuels avec l’être aimé. Malgré la communion, bien sensible dans le second poème (« Confiance de cristal / Entre deux miroirs »), une incompréhension profonde semble régner entre les deux amants – incompréhension qu’Éluard met sur le compte des genres, homme pragmatique désarmé face au mystère féminin.

« En exil », « Toutes pour une », « Portrait », « Belle épouse » : La femme est divinisée, et  le poète relate ses faits et gestes comme s’ils étaient historiques : « Elle sortit de son lit / Comme on entre dans l’histoire ». Pour la louer comme il se doit, il doit dérégler la poésie. Ainsi la femme est comparée à la nature, mais au fur et à mesure elle se confond avec la nature. On ne sait plus au bout du compte si la nature sert de support à l’exaltation de la femme ou si c’est l’inverse : « Et le beau temps / A la forme de sa tête ». Une certaine douleur inexplicable point chez cette femme à la beauté exceptionnelle, de la même manière qu’elle surgissait chez les muses des Fleurs du Mal.

« Nous n’importe où », « Sous l’angle d’or » : Le poète évoque des moments de sereine communion entre la femme et lui, qui se manifestent en première analyse par le recours à la première personne du pluriel. La communion est telle que les amants sortent du temps et « créent le premier le dernier songe » ; le rapprochement du « premier » et du « dernier » semble les faire se confondre et suspendre l’écoulement du temps.

« Le Dernier Souffle », « La Conquête d’un être endormi », « L’Absence », « Surgis » : Ces quatre poèmes forment des évocations morbides et sexuelles de l’amour. Si le désir est ardent, l’altérité semble être revenue.

« L’Alliance » : Le poète rêve de communion en contemplant deux petits arbres seuls dans un champ qui ne se sépareront jamais. Le poème, très court, marqué par un regard relativement neutre, laisse tout de même apparaître un poète frustré : deux amants ne pourront jamais être aussi unis que ces deux petits arbres.

« N » : Le poème est très elliptique, fragmenté, assez hermétique ; il pourrait s’agir d’un récit en accéléré de la relation du poète et de son amante.

« Lingères légères » : Ce vaste poème composé de plusieurs petits poèmes semble raconter un voyage bucolique des deux amants, voyage qui est évidemment l’occasion de profiter de leur amour et de tous les plaisirs sensuels. Le poète demeure fasciné par la femme aimée, insaisissable par le verbe – insaisissabilité qui nourrit sa faconde poétique.

« Toute la vie » : Ce poème de clôture poursuit la tonalité bucolique et printanière du précédent. Sereinement, le poème se ferme sur un retour de la première personne du pluriel – « Comme s’il n’y avait que nous deux sur la Terre ».

 

Le Dur Désir de durer (1946)

 

« À Marc Chagall », « Par un baiser » : Ces deux poèmes d’ouverture sont quelque peu hermétiques, mais leur tonalité estplutôt sereine et joyeuse. Ils ne font pas spécifiquement référence à l’être aimé, d’où l’on déduit que l’amour qui y est décrit est un amour plus global, pour le genre humain par exemple.

« Ordre et désordre de l’amour », « Le Mouvement du soir », « Même quand nous dormons », « Un seul sourire », « Corps idéal », « Belle » : Ces poèmes, plus hermétiques en moyenne que ceux du recueil précédent, semblent décrire un autre état du couple. Si la femme reste fascinante, la passion paraît s’être transformée en un paisible amour, et la communion apparaît plus ancrée. De là vient peut-être ce mouvement de la relation particulière à cet amour global, senti dans les poèmes d’ouverture. Suivent deux triptyques – « Dit de l’amour » / « Dit de la force de l’amour » / « Dit d’un jour » et « De solitude en solitude vers la vie » / « De détail en détail » / « Du fond de l’abîme » – qui rejouent chacun à leur manière le glissement d’un amour à l’autre. Le titre du quatrième poème, « De solitude en solitude vers la vie », pourrait suffire à résumer le mouvement amoureux tel que le décrit Éluard.

« Grandeur d’hier et d’aujourd’hui », « Ici » : Les évocations amoureuses se mêlent à une description assez crue de la rue. Le temps de l’utopie, dans « Une longue réflexion amoureuse », est définitivement révolu ; c’est le retour au réel.

« Puisqu’il est question de force », « Saisons », « Et notre mouvement » : Ces poèmes reprennent les motifs évoqués tout au long du recueil en les synthétisant – « Le centre du monde est partout et chez nous », clame le poète. Le recueil semble se clore par un retour sourd à la politique, le poète communiant avec le peuple comme il communie avec la femme : « Nous sommes corps à corps nous sommes terre à terre / Nous naissons de partout nous sommes sans limites ».

 

Le Temps déborde (1947)

 

La tonalité de ce recueil est d’emblée plus sombre, dans la mesure où la femme d’Éluard est morte dans l’intervalle. Ce n’est donc plus l’amour satisfait qui alimente l’écriture, c’est l’amour en souffrance, l’amour endeuillé, un amour noir et impuissant.

« Je vis toujours » : Le poète vit avec un plein sentiment d’absurde. Il est perplexe de se voir vivre et surtout de se voir survivre à la mort de son aimée. Dans ce poème, encore une fois assez hermétique, on entend les efforts du poète pour ne pas sombrer.

« La Puissance de l’espoir » : Avec une touche d’humour, le poète décrit son état et formule son espoir d’un jour retourner parmi les vivants. Logiquement, puisque l’amour le ramenait à la vie, à l’humanité, la mort de l’amour l’isole.

« Un vivant parle pour les morts » : Ce poème décrit rapidement le fort sentiment d’absurde qui envahit le poète. En effet il n’arrive plus à vivre au premier degré, à agir sans penser à la vanité de l’existence.

« L’Extase », « En vertu de l’amour », « Les Limites du malheur », « Ma morte vivante » : Jusqu’alors, l’évocation de la femme aimée n’était pas explicite, le poète nous donnait la description d’une dépression, mais non l’identification de la cause. Dans ces quatre poèmes, Éluard formule toute sa douleur : « J’étais si près de toi que j’ai froid près des autres ». Le temps suspendu de la poésie fait revivre un instant la femme aimée, et le poète peutalors lui adresser la parole.

« Négation de la poésie » : Le poète semble se questionner sur sa pratique de la poésie en ce temps de deuil. En insistant sur la vivacité de la femme perdue, mise en regard du caractère morbide de ses poèmes présents, il évoque une forme de trahison.

« Dorée », « Notre vie », « Vivante et morte séparée » : Ces trois poèmes sont de nouvelles évocations brûlantes de la femme aimée.

« Notre vie » : Ce poème final, poignant, utilise la première personne du pluriel et le futur simple de l’indicatif pour dresser des projets d’avenir. Sa fin apparaît particulièrement cruelle : « Nous nous aimerons tous et nos enfants riront / De la légende noire où pleure un solitaire ». Le « nous », qui de prime abord semble être le même « nous » que dans les poèmes de communion des précédents recueils, se révèle en fait être un « nous » désignant l’humanité entière. Ce jeu sur les pronoms accentue la solitude du poète et son incapacité présente à vivre.

 

Jacqueline

 

Corps mémorable (1948)

 

Ce recueil, le plus court des cinq, montre comment le poète reprend goût à la vie grâce une nouvelle femme. L’amour que lui porte le poète semble moins absolu, plus doux, plus filial, même si la relation n’est pas exempte de sensualités.

 

Dominique

 

Le Phénix (1951)

 

« Le Phénix, c’est le couple », clame une phrase mise en exergue. On peut probablement interpréter cette phrase, et partant le titre du recueil, à l’aune de la vie sentimentale d’Éluard : l’amour, malgré la mort, a survécu, perdure, et peut revenir après tout cela avec la même intensité qu’avant.

Le premier poème, « Le Phénix », suit l’évolution de l’animal légendaire qui a pour caractéristique fameuse de renaître de ses cendres. En effet, le poème commence par la déclaration d’amour d’un vieillard à une vieille dame, et se termine sur un accent léger de retour à la vie : « Tout a la couleur de l’aurore ». Autrement dit, la fin est au début et le début est à la fin. C’est également la structure qu’a choisie Éluard pour le recueil en général. Les motifs sombres se font de moins en moins nombreux pour disparaître totalement. Le recueil se clôt sur « Marine », un poème solaire où Éluard ne doute pas un seul instant de l’infini de cet amour.

Entre « Le Phénix » et « Marine », le poète accumule les déclarations d’amour. Le dispositif poétique est quelque peu inédit au sein du recueil puisqu’il prend la forme d’un dialogue sans réponse, qui va d’un « je » vers un « tu ». De là découle une forte impression d’intimité, comme si le poète donnait accès aux billets secrets de son couple.

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