Frankenstein

par

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Mary Shelley

Mary Shelley est une
écrivaine anglaise née à Londres en 1797
dans une famille d’intellectuels. Sa
mère, la philosophe, féministe et
institutrice Mary Wollstonecraft meurt
de fièvre puerpérale peu après sa naissance. Son père, William Godwin,
est un philosophe, théoricien politique et romancier. La petite Mary vit une
enfance heureuse, mais son père se remarie alors qu’elle a quatre ans et elle a
des rapports compliqués avec sa belle-mère, plus préoccupée par ses propres
enfants. La vie culturelle et
intellectuelle
de la petite fille est riche
dès le plus jeune âge. Son père assure une partie de son éducation, des
sorties éducatives à ses filles, et leur donne accès à sa bibliothèque ou aux
manuscrits qu’il écrit à destination des enfants, sur l’histoire grecque ou
romaine. Mary côtoie en outre les intellectuels amis de son père, tel le poète
Coleridge. La petite fille montre alors une soif de connaissances inextinguible et une grande persévérance dans
ses entreprises. Elle écrit déjà de petites histoires.

Mary, devenue adolescente,
rencontre entre 1812 et 1813 le poète Percy
Bysshe Shelley
, alors en rupture avec sa famille aristocrate et épris de
justice sociale, admirateur des idées de William Godwin. Mais celui-ci s’oppose
à leur relation et le couple – Shelley a vingt-deux ans, Mary cinq de moins –
part pour la France puis la Suisse,
au gré d’un trajet que l’auteure se rappellera comme romanesque. Les deux
amants écrivent, notamment un journal commun, et lisent les œuvres de Mary
Wollstonecraft. Ils arrivent jusqu’à Lucerne puis retourne en Angleterre par manque d’argent. Alors que le père de
Mary, qui est enceinte, ne veut plus entendre parler de sa fille, les deux
amants doivent faire face à une situation
difficile
mais ils poursuivent leurs activités
intellectuelles
avec assiduité. Alors que l’épouse du poète accouche et en
fait un père, Mary perd son enfant, né prématuré, subit une dépression mais
tombe à nouveau rapidement enceinte. Les finances du couple s’améliorent alors
que Shelley hérite de son grand-père. Notons ici que le couple demeurera
toujours libre et que chacun connaîtra de nombreuses aventures de son côté, en
conformité avec les idées progressistes que tous deux prônent.

En 1816 le couple part s’installer au bord du lac Léman pour un été fondamental dans la vie de Mary Shelley. Là,
ils partagent leurs soirées avec Lord
Byron
, installé non loin, et le jeune médecin et écrivain John William
Polidori. C’est là, alors que les discussions tournent autour des expériences
du poète et médecin Erasmus Darwin, grand-père du bien connu Charles du même
nom, et de la résurrection d’un membre ou d’un cadavre grâce au calvinisme, dans
l’atmosphère des histoires de fantômes allemandes que les jeunes gens lisent, que
Mary Shelley conçoit l’histoire de Frankenstein,
alors que Lord Byron avait proposé que chacun écrive un récit fantastique.

Après le suicide de sa
femme, Percy épouse Mary à la fin de 1816, en présence du père et de la
belle-mère de celle-ci. Conçue d’abord comme une nouvelle, mais développée sous
les encouragements de Percy, l’histoire conçue en Suisse par Mary est publiée anonymement
comme un roman en 1818 sous le titre de
Frankenstein; or, The Modern Prometheus (Frankenstein ou le Prométhée moderne),
avec une préface de Percy Shelly qu’on suppose être l’auteur. La trame de
l’œuvre est bien connue : Victor Frankenstein, un étudiant en sciences
genevois, a fabriqué un « monstre » à partir de morceaux de
cadavres ; celui-ci, qui ne peut dès lors trouver sa place en ce monde, se
met à poursuivre son créateur de sa haine. Le savant est retrouvé lors d’une
exploration vers le Pôle Nord, et c’est là que l’auteure démarre son récit fait
de trois narrations enchâssées :
Frankenstein raconte son histoire au capitaine du bateau, et son histoire
contient le récit que lui a fait le « monstre » de ses tourments.
L’auteure ne se concentre pas exactement sur l’intrigue mais plutôt sur les réflexions psychologiques et morales de
son héros. Un romantisme politisé chez
Mary Shelley vient se substituer au romantisme traditionnel centré sur le moi,
l’individu ; selon l’écrivaine l’imagination poétique ou littéraire
n’offre pas d’alternative à l’homme.

Des ennuis financiers et la
peur qu’on leur retire leurs enfants poussent le couple à partir pour l’Italie cette année 1818 ; ils y mènent une vie itinérante. Leurs deux enfants
meurent rapidement, ce qui plonge Mary dans une nouvelle dépression, jusqu’à la naissance de son quatrième enfant fin 1819.
Malgré son humeur changeante, la vie en Italie est une période d’intense création pour l’écrivaine comme pour son mari. Mathilda, écrit
en 1819-1820, est un roman souvent présenté comme autobiographique, exploitant
les thèmes romantiques de l’inceste et du suicide. Mathilda raconte ainsi sur son lit de mort la confession
de son père, de son amour incestueux pour elle, avant son suicide par noyade.
La relation qui s’est ensuivie avec un poète n’aura pas comblé son manque
affectif et ne l’empêche pas de mourir seule.

Elle écrit aussi le roman historique Valperga, qui paraîtra en 1823. Il met en scène Castruccio
Castracani, un condottiere historique du XIVe
siècle
, qui dans la fiction assiège la forteresse de Valperga où vit sa
bien-aimée, la comtesse Euthanasia, qui devant le choix qu’on lui laisse fait
primer sa liberté politique sur ses sentiments. L’auteure évoque donc le droit à la liberté politique de
communautés autonomes, à travers le gouvernement
d’une femme
qui compte fonder son règne sur la raison et les sentiments
dimension politique qui échappe à la critique d’alors, qui n’y voit qu’une
histoire d’amour. Durant la même période, Mary Shelley écrit aussi des pièces
de théâtre sur des sujets mythologiques

En 1822, Percy Shelley disparaît en mer, et Mary
Shelley rentre en Angleterre l’année suivante. La jeune femme a vingt-cinq ans ;
elle a déjà vécu cinq grossesses, la mort de trois de ses enfants, celle de son
mari, ainsi qu’une fausse-couche qui lui a valu de frôler la mort. Elle compte
désormais vivre de sa plume. En 1826
elle fait paraître Le Dernier Homme (The
Last Man
), un roman d’anticipation situé
au XXIe siècle en
Angleterre qui n’est plus vraiment lu aujourd’hui. L’Angleterre, théâtre de
luttes acharnées, devient une république en 2073, et sur fond de guerre entre
la Grèce et l’Empire ottoman, une épidémie de peste se déclare qui finit par
ravager le monde, jusqu’à ce qu’en l’an 2100 ne reste qu’un homme : le
dernier homme. On parle pour cette œuvre de romantisme noir ; elle apparaît comme un conte philosophique sans aucun réalisme et dépourvu de toute anticipation
des développements technologiques à venir. Elle illustre cependant la vision
pessimiste qu’a l’auteure de l’humanité, et son opposition aux idées de ses
parents.

Mary Shelley tentera d’immortaliser son mari à travers l’œuvre
de celui-ci, qu’elle incite à faire publier,
dont elle parle dans ses propres œuvres, et qu’elle annote lors de la parution de ses œuvres poétiques en 1838 alors
que le poète est de plus en plus admiré. Elle développe également des activités d’édition qu’elle mène entre
1827 et 1840, en parallèle de sa carrière d’écrivaine qui ne produit plus d’œuvre
majeure.

Au cours de sa carrière
littéraire, Mary Shelley aura en outre fait paraître des nouvelles pour des almanachs, mais elle se perçoit d’abord comme
une romancière. Elle publie en outre des récits
des voyages
effectués avec Percy Shelley sur le continent ou avec son fils
Percy Florence en Allemagne et en Italie, où elle poursuit une façon de faire
de sa mère et défend l’utilité du voyage pour la construction de la société
civile et le développement du savoir. Enfin, elle écrit de nombreuses biographies qui prennent place dans les
Vies des plus éminents auteurs et
scientifiques
de Dionysius Lardner, lesquelles lui servent de moyen pour
faire passer des leçons de nature
politique
, visant à dénoncer la domination
masculine
et à intéresser ses lecteurs à des valeurs généralement
attribuées aux femmes : solidarité, compassion, goût de la vie domestique,
qui selon elle auraient évité bien des calamités aux hommes au cours de
l’histoire.

 

Mary Shelley meurt à cinquante-trois à Londres en 1851, après avoir longtemps souffert de migraines et de paralysie
partielle, peut-être du fait d’une tumeur cérébrale.

 

L’œuvre littéraire de Mary Shelley apparaît sous
l’influence des romans historiques de Walter Scott, des romans gothiques et de la
pensée de ses parents. Si elle emploie souvent la forme de la confession,
qui fait penser à l’œuvre de Rousseau, elle critique néanmoins les idéaux des
Lumières chers à son père, et ne croit
pas comme ses parents que l’humanité puisse être améliorée
. Chez Mary Shelley,
la raison humaine ne peut que peu de choses sur le cours des événements
historiques, comme le montre Le Dernier
Homme
. La matière historique lui sert en outre à remettre en question l’ordre des choses, la prédominance de l’homme
sur la femme et la prévalence de la
force sur la raison et la sensibilité
. C’est ainsi les institutions
théologiques et politiques de son temps qu’elle met en cause.

De même que Mary Shelley, annotant et faisant
éditer l’œuvre de Percy Shelley, dut parfois infléchir la personnalité du poète,
le présenter moins radical ou républicain qu’il n’était, l’œuvre de Mary Shelley a été infléchie
pareillement par sa descendance, dans
un sens moins réformiste
, alors que la teneur politique de ses travaux
avait déjà échappé aux critiques contemporaines.

La plupart de ceux qui connaissent Frankenstein au XXe ou au XXIe
siècle ont connu l’histoire à travers une adaptation.
L’œuvre de l’écrivaine a en effet engendré un mythe fécond, et ce n’est que depuis la fin des années 1980 que
l’œuvre de l’écrivaine est réévaluée, étudiée pour sa valeur littéraire,
politique, à l’aune de l’histoire des idées.

 

 

« Un être humain qui veut se perfectionner doit toujours
rester lucide et serein, sans donner l’occasion à une passion ou à un désir
momentané de troubler sa quiétude. Je ne pense pas que la poursuite du savoir
constitue une exception à cette règle. Si l’étude à laquelle vous vous
appliquez a tendance à mettre en péril vos sentiments et votre goût des
plaisirs simples, c’est que cette étude est certainement méprisable,
c’est-à-dire, impropre à la nature
humaine. Si cette règle avait toujours été observée, si les hommes renonçaient
à toute tâche qui serait de nature à compromettre la tranquillité de leurs
affections familiales, la Grèce n’aurait pas été asservie, César aurait épargné
son pays, l’Amérique aurait été découverte par petites étapes, sans que fussent
anéantis les empires du Mexique et du Pérou. »

 

« Sans cesse, je
cherchais l’amour et l’amitié, et je ne rencontrais que le mépris. N’y avait-il
pas là une injustice ? Dois-je donc passer pour le seul criminel, alors
que l’humanité entière a péché contre moi ? »

 

Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1818

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