Frankenstein

par

Victor Frankenstein

Bien qu’il soit généralement considéré comme le type même du « savant fou », Victor Frankenstein n’est pas un détraqué. C’est justement le fait qu’il ne soit pas fou qui lui permet d’être sympathique et crédible. Il souffre certes d’accès de folie, mais c’est uniquement sous la pression des événements (la réalisation de ce qu’il a fait le tourmente). C’est, plutôt, un homme rationnel qui va trop loin, ne prenant pas garde aux limites de la nature.

Jeune et d’intelligence supérieure, Victor est un homme au potentiel immense. Bien qu’il ait passé sa jeunesse à étudier d’anciens magiciens et alchimistes, une fois arrivé à l’université, il se livre si bien à l’étude de la chimie qu’il surpasse bien vite ses maîtres. De plus, il est issu d’une famille heureuse, bien placée dans la société, de bonne réputation, il a une fiancée qu’il adore, un ami de cœur, de l’argent, et il a trouvé sa passion. Il a tout pour lui ; l’étendue de la destruction qui viendra s’opposer à cette réalisation de soi, destruction que ses actions engendreront, sera à la mesure de sa transgression.

Sa grande faute est une arrogance intellectuelle qui se marie à un égoïsme et un manque de réflexion à l’égard des autres. Il ne comprendra jamais le Monstre, et n’admettra jamais tout à fait sa propre faute, son abandon. De la même manière, bien qu’il remarque l’abrutissement des habitants de l’île écossaise et qu’il met cet abrutissement au compte de leur misère, il ne fera jamais le lien entre ce constat et la brutalité, la misère du Monstre lui-même. Il s’allie donc à tous ceux qui ont maltraité le Monstre, c’est-à-dire avec l’espèce humaine tout entière. En détruisant la femelle promise, il dit le faire au nom de l’espèce. Son refus de croire à la parole du Monstre est parent des préjugés qui amènent les autres humains à essayer de l’abattre dès qu’ils le voient. Il crée le Monstre en espérant se faire le créateur d’une nouvelle race qui le bénira, mais il l’abandonne finalement, refuse d’assumer les responsabilités liées à cet acte. Il n’a donc pas tort de se blâmer pour tout ce qui lui arrive.

Pourtant, il est aimant et aimable. Walton le trouvera immédiatement sympathique et son amitié est sincère. Ses professeurs le trouvent digne d’eux, même le sarcastique Krempe. Il a une grandeur d’âme qui lui permet d’envisager avec une certaine hauteur de vue ce qu’il fait et d’apprécier le sublime de la nature. Toutefois, à l’inverse de son ami Clerval, il ne peut se satisfaire de la contemplation et a un besoin d’agir, quelquefois sans penser les choses bien à fond au préalable. Ainsi, bien que le Monstre ait tué Clerval, il ne lui vient pas à l’esprit qu’Elizabeth pourrait être en danger ; son égoïsme le pousse à présumer que le Monstre n’en veut qu’à lui, et c’est ainsi qu’il se marie donc, en s’attendant à être tué le soir même. Ce que la présence du Monstre implique pour Elizabeth lui traverse à peine l’esprit.

On pourrait dire qu’il possède les défauts de la jeunesse ; il plonge, se jette en avant, agit sans avoir tout à fait réfléchi, mais il s’assagit au fur et à mesure qu’il souffre, la preuve étant son refus absolu d’expliquer comment il a réussi à créer le Monstre. Néanmoins, même à sa mort, il refusera de dire qu’il avait tort ou de voir le monde d’une autre manière que la sienne. Il porte de remarquables œillères. Il refuse d’admettre que c’est le Monstre qui lui a laissé de la nourriture tout au long de sa poursuite. Pourtant, lors de sa rencontre avec Walton, on peut constater une progression en lui : malgré son obsession, il se soucie de ses sauveteurs d’une façon qu’on ne lui connaissait pas auparavant. Jusqu’à sa mort il encouragera l’équipage à continuer leur périple, au nom de la gloire ; il n’a pas appris grand-chose des dangers qu’il a traversés. Quant à Walton, il sera plus sage.

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