Frankenstein

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Le danger de certaines connaissances

Frankenstein est un récit édifiant, qui suggère que la recherche illimitée du savoir peut conduire à la découverte de choses qu’il vaut généralement mieux laisser en paix, qu’il y a des limites à la connaissance humaine et qu’outrepasser ces limites ne peut mener qu’au désastre. Cette inclination de la pensée est bien celle de la réaction romantique au XIXe siècle. Ayant vu le rationalisme des Lumières mener au chaos de la Révolution française et à la tuerie de la Terreur, le mouvement romantique réagit en proclamant la primauté du mystère et de l’insaisissable. De même les romantiques refuseront l’idée que la science ne peut produire que du bien. Frankenstein est l’expression flagrante de ces craintes, qui perdureront et seront surtout visibles à l’ère atomique.

Sa découverte du secret de la réanimation n’effraie aucunement Frankenstein. Il en est simplement fasciné, et se demande pourquoi personne n’y a pensé auparavant. En faisant revivre une chair morte, Frankenstein s’engage à contrecarrer la nature. En cela, il est bien un enfant des Lumières, n’ayant peur de rien et avide de nouveauté. Il n’est pas insignifiant que Mary Shelley donne pour cadre à son roman le XVIIIe siècle et non pas le XIXe où elle écrit. S’il y a des moments où il est évident que Henry et Victor sont des enfants du romantisme – leur amour du sublime, surtout –, la vision scientifique de ce dernier appartient tout entière au XVIIIe, malgré sa découverte précoce des anciens mages du Moyen Âge. Cet intérêt que porte Frankenstein à Agrippa et Paracelse n’est pas gratuit : eux aussi furent accusés de vouloir dépasser les limites permises aux hommes. Dès le début, donc, Frankenstein se place dans la lignée des rebelles.

Notons d’ailleurs le sous-titre de l’œuvre : « le Prométhée Moderne ». Prométhée est le Titan qui, dans la mythologie grecque, a volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Pour punir son outrecuidance, Zeus l’enchaîna aux montagnes du Caucase, où un aigle venait chaque matin lui manger le foie, qui repoussait avant le prochain matin. De même Victor volera au créateur le droit de créer et c’est ainsi qu’il se trouvera enchaîné à sa propre création. La seule différence est que le feu a duré alors que la découverte de Frankenstein ne sera jamais divulguée. Dans les deux cas, le criminel essayait d’être un bienfaiteur de l’espèce humaine. Mais Frankenstein a même bien plus d’ambition que Prométhée : au lieu de simplement essayer de raviver un décédé et d’ainsi apporter une mesure d’immortalité aux hommes, il désire créer une nouvelle race. Il offense donc doublement la nature.

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