Frankenstein

par

Une nature sublime

Le lecteur moderne s’étonnera peut-être du nombre de pages dévoué dans Frankenstein aux réactions que suscite la nature aux yeux du narrateur. La découverte des aspects sublimes de la nature est une des grandes réactions contre l’ordre et la précision des Lumières. Turner en est l’expression en peinture, où les évènements disparaissent sous la poussée des éléments. Loin des jardins bien aménagés des grandes maisons du XVIIIe, les romantiques se pâment devant les montagnes, les orages, la mer en furie. Ce désir de sublime est chose nouvelle dans l’histoire humaine : auparavant, on admirait surtout la nature bien ordonnée, conquise. Les romantiques la chercheront dans son aspect primordial, intouchée par l’homme, et dangereuse. Frankenstein partage cet engouement, tout comme son ami Clerval, mais n’en apprécie pas les dangers. Bien que son intérêt pour la science soit amorcé par sa découverte de la puissance destructrice de la foudre, il ne retient pas la notion de danger de la nature.

Walton de son côté ne voit la nature que comme une entrave à ses projets, une difficulté à surmonter. Il ne considèrera pas les montagnes de glace qui entravent sa route comme un avertissement de la nature pour le pousser à renoncer, tout comme Victor ne voit pas la mort comme une porte barrée. Walton, sous la pression de son équipage et en considération de l’histoire de Frankenstein, se montrera finalement plus sage et changera d’idée.

Frankenstein admire cependant la puissance de la nature qu’il contemple en faisant le deuil de son frère William, tout comme il y trouve refuge en faisant de l’alpinisme près du mont Blanc. Lui et Clerval seront tout autant séduits au cours de leur voyage vers l’Angleterre. Il n’y a d’ailleurs pas qu’eux qui admirent la nature : le Monstre aussi l’adore. Un des moments les plus touchants est sa découverte de la lumière et des saisons. Lui aussi est sensible au sublime. Par là il révèle qu’il est bien plus humain que Frankenstein ne veut l’admettre. Bien qu’étant un être contrenature, il peut apprécier cette nature, à laquelle il contrevient, autant qu’un poète.

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