L'écume des jours

par

La souris

C’estun petit être délicieux et innocent qui cohabite avec Colin dans le logis de cedernier. Elle est la première à percevoir un changement dans la maison deColin : le soleil n’y brille plus comme avant. Alors « la souris,debout sur les pattes de derrière, grattait avec ses mains un des carreauxternis. » Puis la bestiole « montra à Nicolas le bout de ses mains,toutes écorchées et sanglantes. » Le lecteur notera au passage que lasouris a, pour Boris Vian, des mains, et non pas des pattes. Pleine de bonne volonté,elle aide Nicolas à préparer un reconstituant pour Chloé : « lasouris broyait de ses dents aiguës des graines d’herbe à décoctions pour lebreuvage de chevet. »

Elletente de son mieux de repousser la pénombre qui envahit la maison :« La souris à moustaches noires venait d’entrer, portant un petit fragmentd’un des carreaux du couloir de la cuisine, qui répandait une vive lueur. –Sitôt qu’il fait trop noir, expliqua Chloé, elle m’en apporte un peu. »

À lafin du roman, la souris se suicide en plaçant sa tête dans la gueule d’un chatcomplaisant : « Le chat laissa reposer avec précaution ses caninesacérées sur le cou mince, doux et gris. » Et c’est sur cette scène que seclôt le roman, tandis qu’approchent « onze petites filles aveugles del’orphelinat de Jules l’apostolique », qui vont marcher sur la queue duchat et, du même coup, tuer la souris grise. 

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