L'écume des jours

par

L'Écume des jours, une histoire d'amour tragique

L’Écume des jours est un archétype d’histoire d’amour tragique, comme le sont les amours de Tristan et Yseult, Guenièvre et Lancelot, ou Roméo et Juliette. Marqués par le destin, Colin et Chloé, qui ont pourtant tout pour être heureux, seront horriblement malheureux et l’un des deux mourra, laissant l’autre seul et inconsolable. La structure du récit de Boris Vian est, à ce titre, très classique.

L’amour entre Colin et Chloé est, en outre, idéal : ils ne se disputent jamais, sont d’accord sur tout, ont une multitude de goûts communs. Ils sont tombés amoureux au premier regard, et le cœur de Colin ne s’y est pas trompé : « Il n’ajouta pas qu’à l’intérieur du thorax, ça lui faisait comme une musique militaire allemande, où on n’entend que la grosse caisse. » En outre, Colin a envers Chloé une attitude qui rappelle celle du chevalier servant, qui a fait vœu de ne vivre que pour sa dame, tandis que cette dame n’aime rien tant que se faire courtiser et aimer. Cependant, une différence notable existe entre l’amour courtois tel que les romans de chevalerie le dépeignent au lecteur et le roman de Boris Vian : la dimension charnelle de l’amour. En effet, l’amour courtois interdit toute consommation physique de l’amour entre le chevalier et sa dame. Il en va différemment entre Colin et Chloé. Leur amour est pur, mais il n’en a pas moins une dimension physique : la jeune femme invite son amant à caresser son corps : « Chloé se laissait faire avec une certaine complaisance et le guidait vers les places de choix. » C’est là un élément important, qui permet au lecteur une plus grande identification avec les personnages de L’Écume des jours : dans cet univers poétique, ceux-ci ont des désirs fort humains.

Jusqu’à leur mariage, Chloé et Colin vivent un amour idéal car exempt de tout souci : tout ce qu’ils ont à faire dans la vie, c’est aimer, aller à la patinoire avec leurs amis, écouter du jazz, savourer les plats concoctés par Nicolas et siroter les breuvages sortis du pianocktail. Les ennuis commencent avec le mariage. C’est une différence majeure entre L’Écume des jours et les histoires d’amour traditionnelles. L’habitude veut qu’en littérature, le mariage soit le but car il marque l’officialisation de l’amour. Dans son roman, Boris Vian a une approche inverse : le bel amour, c’est avant le mariage. Le mariage est, dans L’Écume des jours, la porte d’entrée dans l’âge adulte, celui des responsabilités, et bien sûr des soucis qui l’accompagnent. En outre, l’amour n’a pas besoin d’être officiel pour être beau : Chloé et Colin étaient heureux avant de se marier. Leur amour aurait-il perdu en lustre si les jeunes gens n’avaient pas officialisé leur union ?

Cependant, et c’est ce qui est remarquable et touchant dans le roman, les graves soucis qui accablent le couple n’altèrent en rien leur amour. Colin se montre d’une dévotion absolue envers sa Chloé : il se ruine, puis accepte des emplois pénibles, et n’a aucun souci autre que la santé de sa bien-aimée, envers laquelle il n’a que de tendres paroles. Quant à Chloé, elle incarne la gente dame des romans courtois et se laisse adorer, tout en faisant preuve d’un grand courage, supportant un traitement médical douloureux. Avant le mariage, l’amour était le partage des moments heureux et des plaisirs. Dans la deuxième partie du roman, l’amour est partage de la souffrance. Cet amour ira jusqu’à la fin de Chloé, qui laisse Colin inconsolable.

Il n’est pas étonnant que L’Écume des jours soit considéré avant tout comme un roman d’amour, car le destin malheureux des personnages est touchant. Ces deux innocents qui ne demandent rien d’autre que de vivre leur amour en paix sont frappés par le destin et voient leur monde ravagé. Il semble qu’en littérature les plus belles histoires d’amour sont souvent les plus tristes, et à ce titre l’histoire de Colin et Chloé est une très belle histoire d’amour.

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