La mort du roi Tsongor

par

La guerre menée pour une femme.

Samilia, fille du roi Tsongor, est la cause involontaire d’une terrible guerre. Enfant, elle s’est promise à Sango Kerim, qui est parti. Jeune femme, elle a considéré cette promesse comme ce qu’elle était : une parole d’enfant. Mais Sango Kerim n’a rien oublié, et la veut pour épouse. C’est pourquoi il est prêt à la guerre contre Kouame, « prince des terres de sel », que Tsongor a choisi pour sa fille. Et ce sera la guerre. Des hommes qui ignorent tout les uns des autres viennent au pied des murailles d’une ville qu’ils ne connaissent pas pour se battre entre eux. Outre sa garde personnelle, « une centaine d’hommes qui le suivaient partout où il allait », Sango Kerim est venu avec « l’armée des ombres blanches que commandait Bandiagara », avec « les crânes rouges menés par Karavanath’ le brutal », et aussi « Rassamilagh et son armée […], foule immense et bigarrée montée sur des chameaux. » Face à eux, l’armée du clan Tsongor, mais aussi celle de Kouame, menée par Barnak « qui commandait aux mangeurs de Khat », Tolorus « qui menait au combat les Surmas [qui] marchaient torse nu », et enfin Arkalas, « le souverain des chiennes de guerre. » Kouame sera plus tard rejoint par les Amazones de sa mère, l’impératrice Mazébu. Impuissante, Samilia assiste au massacre. « À ses pieds mourraient des hommes. […] Que Kouame et Sango Kerim se battent, cela lui semblait possible puisqu’ils la désiraient tous les deux. Mais les autres ? Tous les autres ? ».

Ses paroles de conciliation restent vaines, ses actions sans effet. Elle quitte Massaba pour s’installer dans le camp de Sango Kerim, mais cela n’arrête pas la guerre. Elle se donne un soir à Kouame, dont elle pense qu’il va mourir, mais cela n’arrête pas la guerre. Elle quitte enfin le champ de bataille et part, droit devant elle, « jusqu’à n’être, pour tous, qu’un point qui disparaît au lointain », mais cela n’arrête pas la guerre. Laurent Gaudé la décrit comme « sacrée par ce qu’elle avait traversé », mais elle-même se perçoit comme maudite. Sa situation est sans issue : « J’appartiens à deux hommes. […] C’est mon châtiment. Il n’y a pas de bonheur pour moi. Je suis aux deux. […] Je ne suis rien que cela. Une femme de guerre. Malgré moi. Qui ne fait naître que la haine et le combat. » Il est plus que probable que c’est ainsi que la postérité se souviendra de Samilia, mais c’est injuste. Cette guerre, dont une femme est le prétexte, est une guerre d’hommes enfermés dans leur orgueil et qui ne savent pas s’en abstraire.

Tsongor se donne la mort plutôt que de trancher et de choisir un mari pour sa fille entre les deux prétendants, alors ceux-ci n’ont plus en tête que la satisfaction de leur désir, quel qu’en soit le prix. L’empire de Tsongor est détruit par des hommes qui se déchargent de leur responsabilité en la faisant peser sur une femme sans pouvoir.

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