La mort du roi Tsongor

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Les sept tombeaux, sept visages du roi Tsongor.

« Construis sept tombeaux. Par le monde. […] Par les architectes les plus brillants du royaume. Sept tombeaux secrets et somptueux. […] Plus somptueux que le palais de Massaba. Lorsque les sept tombeaux seront construits, […] choisis un des sept tombeaux. Et déposes-y mon cadavre. Tu seras le seul à savoir où je repose. » Telle est la mission que Tsongor confie au plus jeune de ses fils, Souba. Celui-ci va consacrer sa vie à cette tâche, afin de bâtir en pierre sept monuments qui proclameront ce qu’était son père. C’est dans la ville de Saramine, perle de l’empire de Tsongor, que Souba comprend que « ce qu’il devait faire, c’était le portrait de son père. Sept tombeaux, comme les sept visages de Tsongor. Chaque tombeau doit refléter une facette de ce qu’était son père, car celui-ci n’était pas un monolithe. Il était, comme chaque homme, pluriel et offrait plusieurs visages, certains nobles et beaux mais d’autres haïssables. Le premier tombeau est construit à Saramine : celui « du roi auréolé de gloire. De l’homme au destin d’exception qui durant sa vie avait tutoyé la lumière. » C’est le portrait idéal du souverain qui a accompli de grandes choses et a bâti un empire. C’est ainsi que le jeune Souba voit son père. Mais au fil du temps, la sagesse va venir, et avec elle la connaissance de la complexité de l’âme humaine. Les lieux et les tombeaux vont alors grandement varier.

« Dans la forêt des baobabs hurleurs, il fit construire une haute pyramide. Un tombeau pour Tsongor le bâtisseur. […] Puis, dans « les dernières terres avant le néant », il construit « une île cimetière pour Tsongor l’explorateur. » Ensuite, « pour Tsongor le guerrier, le chef d’armée, […] il creusa d’immenses salles troglodytes dans les hauts plateaux rocailleux des terres du Centre. » Après, c’est « dans le désert des figuiers, au milieu des dunes du vent et des lézards [qu’]il fait ériger une haute tour de pierre ocre que l’on voyait à plusieurs jours de marche » pour « Tsongor le père. Celui qui avait élevé cinq enfants. » Le lieu du sixième tombeau est indiqué à Souba par Galash, un soldat que Tsongor a banni autrefois et qui depuis s’est cassé la voix à hurler sa haine pour le cruel souverain. C’est une crique putride, où « des milliers de tortues géantes croupissaient sur un sable nauséeux. » C’est une « plage mortifère, qui n’offrait ni abri ni nourriture. » C’est la place pour « Tsongor le tueur. Tsongor qui avait mené à la mort tant d’hommes. Tsongor qui avait rasé des villes et brûlé des pays entiers. Un tombeau pour Tsongor le sauvage que le sang n’effrayait pas. » C’est là que Souma choisit de bâtir « un tombeau maudit, au milieu des ossements et des oiseaux repus de chair. »

Les années ont passé, et Souba n’est pas satisfait. « Le visage d’éternité de Tsongor peu à peu se construisait », mais « à chaque fois que [Souba] scellait la porte de ces demeures silencieuses et quittait les lieux, il lui semblait entendre comme un soupir lointain sur son épaule. […] Tsongor le remerciait […] mais il lui disait aussi que ce n’était pas encore cela et que le lieu n’était pas trouvé. » Ce n’est que lorsque Souba lui-même aura découvert ce qu’est la honte de ses actes qu’il trouvera le lieu, « vers les grands défilés du Nord », un endroit où « rien n’était à l’échelle humaine. » Dans ce lacis de pierre, il découvre « l’entrée d’un palais creusé dans la roche ». C’est là que reposera Tsongor, car « Les montagnes étaient sa grandeur. Il pourrait y cacher sa honte. » La honte d’avoir tué. Car il avait « le meurtre dans le sang ».

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