Le dernier jour d'un condamné

par

Le prêtre

Il accompagne le condamné lors de son trajetentre Bicêtre et la Conciergerie. « Il a des cheveux blancs, l’airtrès-doux, une bonne et respectable figure : c’est en effet un hommeexcellent et charitable ». Pourtant, cet homme qui semble paré de toutesles qualités n’apporte pas de réconfort au narrateur. La raison en est que cesaint homme use du même discours avec tous les condamnés qu’il assiste :« il avait l’air de réciter une leçon déjà vingt fois récitée, de repasserun thème oblitéré dans sa mémoire à force d’être su. Pas un regard dans l’œil,pas un geste dans les mains ».

Qu’aurait souhaité le condamné en lieu etplace de ce fonctionnaire de l’absolution ? Il aurait préféré« quelque jeune vicaire, quelque vieux curé, [pris] au hasard, dans lapremière paroisse venue » et qu’on lui dise « il y a un homme qui vamourir, et il faut que ce soit vous qui le consoliez. Il faut que vous soyez làquand on lui liera les mains, là quand on lui coupera les cheveux »,pendant toute l’affreuse cérémonie de l’exécution, et alors « il pleurera,et nous pleurerons, et il sera éloquent et je serai consolé, et mon cœur sedégonflera dans le sien, et il prendra mon âme, et je prendrai son Dieu ».Hélas, pour « ce bon vieillard » qu’est le prêtre qu’on lui accorde,le narrateur n’est qu’« un individu de l’espèce malheureuse, une ombrecomme il en a déjà tant vu, une unité à ajouter au chiffre desexécutions ». Rien de plus. 

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