Le Fantôme de l’Opéra

par

Le roman-feuilleton

Un monde en carton-pâte

L’autre bord du romantisme, c’est qu’il y a quelque chose de théâtral, d’artificiel, dans ses effets. En cherchant le Sublime, on n’atteint souvent que la sensation. Et Le Fantôme de l’Opéra est un roman sensationnel s’il en est, où il vaut mieux ne pas trop se poser de questions sur le comment de l’affaire, mais simplement tout accepter. Leroux a beau nous donner autant de détails qu’il le peut pour rendre crédible les événements, on ne peut que se demander : si le fantôme est bien dans la colonne de la loge no. 5 au moment où tombe le lustre, comment a-t-il fait pour le décrocher? Mais Leroux est, tout compte fait, le dernier grand auteur de roman-feuilleton, une lignée qui inclut non seulement Balzac mais aussi Dumas et Eugène Sue, dont Les Mystères de Paris sont un autre modèle pour notre auteur. S’il y a une critique à faire de tels auteurs, c’est qu’ils permettent souvent à l’effet de dominer.

L’Opéra même est un monde qui se pique de fournir des illusions, et ce n’est donc pas surprenant qu’un illusionniste tel qu’Erik y trouve refuge. Mais tout comme il faut bien réaliser, une fois le spectacle terminé, que tout ce décor n’était que carton-pâte, que non seulement l’édifice de l’Opéra se révèle être illusoire, reposant sur des dessous dantesques, farci de trappes et de faux murs, il faut bien voir aussi que toute l’histoire a ce goût d’illusion. D’abord par ses événements : ces enlèvements, ces désastres, ces faux murs sortent tout droit du théâtre à sensation où l’illusion est reine – c’est bien une des raisons pour lesquelles le...

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Dissertation à propos de Le Fantôme de l’Opéra