Le Journal d’Anne Frank

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Anne Frank

Anne Frank (1929-1945) est une jeune Juive à qui
il ne faudrait pas craindre d’attribuer le statut d’écrivaine tant les textes
rédigés lors de sa vie dans la clandestinité, sur plus de deux années, de 1942
à 1944, montrent une maturité et une ambition qui le légitiment.

 

Avant la
clandestinité

 

Annelies Marie Frank naît le 12 juin 1929 dans
la ville allemande de Francfort-sur-le-Main dans une famille de Juifs
réformistes. Son père, Otto Frank, est un ancien officier allemand ayant
combattu pendant la Première Guerre mondiale, et qui travaille dans la banque
familiale jusqu’à la cessation de ses activités au début des années 1930 ;
sa mère, Edith, est issue d’une famille aisée.

En 1933, devant la montée du nazisme, de l’antisémitisme
et confrontés à la crise économique, les Frank se rendent chez la mère d’Edith
à Aix-la-Chapelle, puis à Amsterdam en 1934, où l’on a proposé au père de
démarrer une affaire. Là, Anne est inscrite dans une école montessorienne. Dès
son plus jeune âge, Anne écrit beaucoup. Elle se montre expressive et
extravertie, tandis que sa sœur Margot, de trois ans son aînée, est plus
réservée et studieuse. Les deux jeunes filles sont en outre beaucoup
encouragées à lire ; le père possède une riche bibliothèque.

En mai 1940, l’Allemagne envahit les Pays-Bas,
qui sont rapidement occupés. Des lois répressives et discriminatoires contre
les Juifs voient le jour. Une ségrégation et diverses persécutions se mettent
en place ; Anne et Margot doivent alors quitter leurs amis pour être
inscrites au lycée juif ; Otto perd son entreprise.

Le père tentera à plusieurs reprises de faire
émigrer sa famille en Angleterre ou aux États-Unis, sans succès. Il aménage
alors l’annexe de son entreprise – qu’il fait enregistrer sous le nom d’autres
personnes –, aidé de son associé et de ses employés, comme une solution de
repli si la famille devait entrer dans la clandestinité. C’est une convocation
pour se rendre dans un camp de travail allemand reçue par Margot qui est le
facteur déclencheur le 5 juillet 1942. Le 6 juillet, la famille Frank se
retranche dans l’annexe ; une semaine plus tard la famille de l’associé du
père, le couple Van Pels, les rejoint avec leur fils Peter. Les clandestins, au
nombre de sept, accueillent en novembre Fritz Pfeffer, un dentiste, et restent ainsi
cachés plus de deux ans.

Peu auparavant, le 12 juin 1942, Anne Frank
recevait pour ses treize ans un cahier à carreaux rouge et blanc dans lequel
elle allait tenir son célèbre journal. Elle y inscrit le jour même ses espoirs
d’y trouver un espace de confidence et un grand soutien.

 

La clandestinité

 

Elle dure du 6 juillet 1942 jusqu’au 4 août 1944.
Les clandestins sont aidés par les employés de bureau de la société qu’Otto
Frank dirigeait, dont Miep Gies et Bep Voskuijl. Ceux-ci leur fournissent
nourriture, vêtement et livres.

Le confinement rend la vie particulièrement
difficile, d’autant que les clandestins ne doivent pas faire de bruit, ce qui
pèse sur le tempérament extraverti de la jeune Anne.

Le 4 août 1944, les huit clandestins, dénoncés,
sont arrêtés avec leurs protecteurs, envoyés au camp de transit de Westerbork
(Pays-Bas) avant d’être déportés à Auschwitz.

 

Le
journal d’Anne

 

Les premières années après son treizième anniversaire,
alors qu’elle ne vit pas encore dans la clandestinité, Anne décrit – en
néerlandais – son quotidien de jeune fille allant à l’école, parle de ses
camarades et de ses résultats scolaires. Lorsqu’on lui apprend que la famille
va entrer dans la clandestinité, son journal est la première chose qu’Anne prévoit
d’emporter. Lors de sa réclusion, elle le tiendra quasiment tous les jours.

L’un des livres préférés d’Anne est Joop ter Heul de Cissy van Marxveldt
(1889-1948), une auteure néerlandaise de livres pour enfants et adolescents.
Fin septembre 1942, s’en inspirant, Anne commence à écrire ses notes sous la
forme de longues lettres qu’elle destine à un groupe d’amies imaginaires parmi
lesquelles figure Kitty, nommée d’après un personnage de Cissy van Marxveldt,
Kitty Francken, amie de Joop, à qui elle finit par adresser toutes ses lettres.
Anne Frank écrira en outre deux lettres à une véritable amie, Jacquelin van
Maarsen, jamais envoyées. Fin 1942, Anne a terminé de remplir son premier
journal.

Pendant l’été 1943, Anne commence à rédiger de
petites histoires originales, des nouvelles qu’elle prend beaucoup de plaisir à
écrire et qu’elle partage avec les autres clandestins. Son père lui suggère en
outre de tenir un recueil de citations qu’elle rencontre au gré de ses lectures
et qu’elle réunit dans un cahier intitulé « Livre de belles phrases ». À partir de 1943, Anne Frank tient
aussi un livre d’anecdotes.

Le 29 mars 1944, Anne entend sur Radio Orange un
message du ministre néerlandais de l’Éducation, Gerrit Bolkestein, alors en
exil, lequel anticipe le rassemblement des journaux et des lettres qui aura
lieu après la guerre pour témoigner de la vie des gens ordinaires pendant le
conflit ; il invite donc à les conserver. Anne imagine alors adapter ses
notes et en faire une œuvre. En mai 1944, l’idée d’un roman se concrétise, et le
20 mai Anne commence sérieusement à écrire un récit intitulé L’Annexe
(Het Achterhuis). Il s’agit
principalement de la réécriture de la version originale de son journal sur 324
feuilles volantes qu’elle noircit les dix semaines suivantes avant son
arrestation. Il lui arrive de supprimer des passages qu’elle juge trop intimes.
En effet, le mythe autour d’Anne Frank mène à se l’imaginer telle une fillette certes
précoce mais largement enfantine, mais elle eut aussi le temps d’être une jeune
femme, dont le corps changeait dans un contexte qui lui interdisait toute
intimité. Anne a ainsi pu confier à son journal son désir de voir arriver sa
première menstruation et sa « terrible envie » de se palper les seins
le soir dans son lit.

Anne Frank parle très précisément des conditions
dans lesquelles les huit clandestins vivent leur réclusion, de tous les
événements qui ont lieu dans l’annexe, dont elle décrit les pièces. Elle montre
de l’amour et de la gratitude pour leurs protecteurs, évoque le manque de nourriture,
les nouvelles qui leur parviennent de l’extérieur et les querelles qui agitent
les relations entre les clandestins. À la fin de l’année 1943, ses notes se
font de plus en plus critiques et introspectives.

La réécriture à laquelle se livre Anne Frank
laisse voir une jeune fille qui a mûri, dont l’esprit et le style se sont
développés au gré de ses nombreuses lectures faites dans la clandestinité. On
la voit prendre de la distance avec la passion vécue avec le jeune Peter. De
même, elle porte un regard de plus en plus critique sur sa famille, analyse
lucidement ses rapports avec sa mère, et c’est une jeune écrivaine déjà
objective et intellectuellement autonome qui sera déportée. Elle refuse par
exemple de s’apitoyer sur son sort. Malgré ses mauvais rapports avec sa mère,
elle tente de la comprendre, parvient à voir derrière le caractère inaccessible
de cette femme une amertume qu’elle imagine consécutive au deuxième choix
qu’elle représentait pour son père, soupçonné de ne pas aimer son épouse autant
que son premier amour de jeunesse. Cette analyse lui inspire d’ailleurs un
deuxième projet intitulé La Vie de Cady dont
elle dit : « Ce n’est pas une niaiserie sentimentale, car j’y ai
inclus le roman de la vie de Papa. »

La jeune fille se sert de son journal comme d’un
exutoire, un défouloir : « je peux écrire tout ce que je ressens,
sans cela j’étoufferais » (16 mars 1944) ; elle s’interroge sur
son talent avec une rare maturité : « Je sais que je peux écrire.
Certaines de mes histoires sont bonnes, mes descriptions de l’Annexe
humoristiques, beaucoup de choses dans mon journal sont parlantes, mais… si
j’ai vraiment du talent, cela reste à voir » (5 avril 1944) ;
mais elle exprime la certitude inébranlable qu’elle continuera à écrire toute
sa vie : « plus tard je veux beaucoup écrire, et même si je ne
deviens pas écrivain, ne jamais négliger l’écriture, à côté de mon travail ou
de mes activités » (24 mars 1944) ; elle montre même qu’elle attribue
un sens quasi mystique à l’écriture : « je ne peux pas m’imaginer une
vie comme celle de […] toutes ces femmes qui font leur travail puis qu’on
oublie, je dois avoir une chose à laquelle je peux me consacrer, en plus de mon
mari et de mes enfants !  Oui, je ne veux pas, comme la plupart des
gens, avoir vécu pour rien » (5 avril 1944).

Le 1er août 1944, Anne Frank écrit
pour la dernière fois.

 

Le
devenir du journal

 

La protectrice de la famille Frank, Miep Gies –
morte en 2010 à cent ans –, aidée de Bep Voskuijl, rassemble ce qu’elle trouve
des écrits d’Anne après son arrestation, et les préserve.

Otto Frank est le seul des huit clandestins à
survivre au conflit ; dès qu’il le peut il se rend chez Miep Gies qui lui
apprend que ses filles sont mortes à Bergen-Belsen. Elle lui remet les écrits
de sa fille cadette.

 Le père
entame alors un travail d’édition – il ôte certains passages intimes sur le
développement physique de sa fille et certaines remarques désagréables sur sa
défunte épouse – et le journal paraît en juin 1947 sous le titre Het Achterhuis (L’Annexe), tiré à 3 000 exemplaires. Les années qui suivront,
il répondra à des milliers de lettres de lecteurs du journal. Il meurt en 1980.

 

En 2001 paraît en outre les anecdotes et autres
textes en prose d’Anne, en un volume, sous le titre Anecdotes et événements de l’Annexe. La vie de Cady (Verhaaltjes, en gebeurtenissen uit het
Achterhuis. Cady’s leven
) ; son Livre
des jolies phrases
sera en outre édité.

 

Déportation
et fin de vie

 

Après être arrivée à Auschwitz dans la nuit du 5
au 6 septembre 1944 et avoir échappé à la première sélection qui envoya la moitié
du convoi directement dans les chambres à gaz, Anne a la tête rasée, on lui
tatoue un numéro d’identification, puis elle est réduite en esclavage. Ses
nuits se passent dans des baraquements bondés ; la jeune fille contracte
la gale.

En octobre 1944, Anne est séparée de sa mère et
elle est évacuée du camp d’Auschwitz avec Margot ; elles sont relogées à
Bergen-Belsen, un camp surpeuplé où Anne retrouvera deux amies de son ancienne
vie, dont Hanneli Goslar, évoquée dans le journal, qui transmettra un témoignage
sur l’état de faiblesse d’Anne aux derniers moments de sa vie.

On pense qu’Anne est morte du typhus à
Bergen-Belsen, entre la fin février et le milieu du mois de mars, quelques
semaines avant la libération du camp par les troupes britanniques, et qu’elle fut
enterrée avec sa sœur dans la fosse commune du camp.

 

Postérité

 

Le Journal
d’Anne Frank a été traduit dans plus de soixante-dix langues ; il s’en
est vendu plusieurs dizaines de millions d’exemplaires. L’œuvre figure sur
plusieurs listes répertoriant les œuvres les plus importantes du XXe
siècle.

À Broadway à partir de 1955 on joue The Diary of Anne Frank, une adaptation
théâtrale de Frances Goodrich et Albert Hackett qui remporta un prix Pulitzer.
La pièce donne elle-même lieu à une adaptation cinématographique en 1959 par le
réalisateur George Stevens, laquelle remporte trois Oscars.

L’œuvre a été de nombreuses fois adaptées au
théâtre ou à la télévision. Des parcs, des rues et des écoles ont été nommés Anne
Frank en hommage à l’éternelle adolescente.

 

« Je ne veux pas, comme
la plupart des gens, avoir vécu pour rien. Je veux être utile ou agréable aux
gens qui vivent autour de moi et qui ne me connaissent pourtant pas, je veux
continuer à vivre, même après ma mort ! Et c’est pourquoi je suis si
reconnaissante à Dieu de m’avoir donné à la naissance une possibilité de me
développer et d’écrire, et donc d’exprimer tout ce qu’il y a en moi ! En
écrivant je peux tout consigner, mes pensées, mes idéaux et les fruits de mon
imagination. »

 

Anne Frank, Journal, 5 avril 1944

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