Le Journal d’Anne Frank

par

La dimension autobiographique

Au-delà de sa portée historique ou des thématiques qui y sont abordées, Le Journal d’Anne Frank est d’abord une œuvre autobiographique. Même si le récit est transmis sous la forme des entrées d’un journal, le lecteur parvient à cerner la personnalité d’Anne et ses états d’esprit. Le lecteur peut donc entrevoir la solitude de l’adolescente, les évolutions de sa conscience et sa transformation en femme.

À travers son journal, la solitude d’Anne Frank devient une réalité apparente. La jeune fille se sent presque toujours seule, et souvent incomprise. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle se confie à son journal – un journal auquel elle confie les pensées qu’elle ne partage pas avec ses amis, ni avec ses proches une fois dans l’Annexe. Anne ne reçoit pas de réel soutien émotionnel de la part de ses parents. Bien qu’elle se sente proche de son père, il n’est pas le confident idéal pour une jeune fille de treize ans. Elle se tournera donc vers Peter qui, comme elle, trouve par exemple du réconfort en la compagnie des chats. Peter deviendra un confident pour elle, mais cette nouvelle amitié ne permettra pas réellement d’anéantir le sentiment de solitude de la jeune fille : « “Car fondamentalement, l’enfance est plus solitaire que la vieillesse.” Cette affirmation tirée de je ne sais plus quel livre m’est restée en tête et je l’ai trouvée juste. »

Anne Frank exprime plusieurs fois dans le récit sa conviction qu’il y a « deux Anne » : l’une joviale, active et extravertie, celle que les gens trouvent amusante ou exaspérante selon les cas ; et l’autre intravertie, sentimentale, que personne ne connaît vraiment. Anne fait souvent mention d’une séparation de plus en plus importante entre ses deux caractères. Elle en a conscience très tôt et déclare ne pas être en mesure de partager ses émotions et ses sentiments avec ses proches ou ses amis. La frustration qu’elle éprouve en raison de ce manque la pousse à rechercher chez les autres des faces cachées. C’est ce qui la conduira à réaliser qu’aucun des habitants de l’Annexe ne fait preuve d’une franchise absolue. Chacun cache ses inquiétudes et ses craintes, de peur d’imposer aux autres de tristes pensées. Mais l’une des conséquences de ce statu quo est une impatience généralisée et l’irritabilité dont ils sont tous affectés.

« Comme je l’ai déjà dit, je ressens toute chose autrement que je ne l’exprime et c’est pourquoi j’ai la réputation d’une coureuse de garçons, d’une flirteuse, d’une madame je-sais-tout et d’une lectrice de romans à l’eau de rose. Anne joyeuse s’en moque, rétorque avec insolence, hausse les épaules d’un air indifférent, fait semblant de ne pas s’en soucier, mais pas du tout, Anne silencieuse réagit complètement à l’opposé. Pour être vraiment franche, je veux bien t’avouer que cela me fait de la peine, que je me donne un mal de chien pour essayer de changer, mais que je dois me battre sans arrêt contre des armées plus puissantes. »

Un autre aspect autobiographique du livre est la transformation d’Anne de jeune fille en jeune femme. Anne n’a que treize ans lorsqu’elle arrive à l’Annexe, et au moment de son arrestation elle a tout juste quinze ans. Bien qu’Anne traverse la puberté dans des circonstances inhabituelles, les problèmes auxquels elle fait face sont universels. Elle s’interroge souvent sur les changements physiques et psychologiques qu’elle traverse, mais au lieu de s’en remettre à sa mère ou à sa grande sœur, elle se tourne vers son journal pour trouver des réponses relatives à la sexualité et à la maturité de l’esprit. Les dernières entrées du journal montrent bien qu’Anne se voit comme une femme indépendante. Elle se compare à sa mère et à d’autres femmes de la génération de sa mère et se demande de quoi elle aura l’air plus tard. Surtout, elle se sert de l’image de sa mère comme de l’exemple du type de femme qu’elle ne souhaite pas devenir. Anne manifeste la volonté de lutter contre les biais et préjudices touchant au genre, de la même façon qu’elle espère échapper à la persécution qui vise les Juifs.

« C’est vrai, avec une fille, je n’en aurais jamais parlé aussi naturellement. D’ailleurs, je suis certaine que Maman entendait tout à fait autre chose, quand elle m’a mise en garde contre les garçons.

Malgré tout, je ne me suis pas sentie tout à fait dans mon état normal de toute la journée, lorsque je me suis remémoré notre conversation, elle m’a quand même semblé singulière. Mais sur un point au moins, j’en sais maintenant davantage : il existe d’autres jeunes, du sexe opposé même, capables d’aborder ce sujet librement et sans faire de blagues.

Peter pose-t-il vraiment beaucoup de questions à ses parents, s’est-il montré hier soir sous son vrai jour ? »

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