Le Journal d’Anne Frank

par

La peur

Les Frank et les Van Daan ont fait tout ce qui était en leurpouvoir pour se protéger de l’avancée de l’Allemagne nazie. Ils prennent la peinede déménager certains meubles, de prendre des contacts utiles, de s’assurerl’assistance et la loyauté des personnes dont leur survie dépendra directement.Mais malgré toutes leurs précautions, ils ne sont jamais entièrement rassurés.La peur qui les pousse à se terrer ne les quitte pas une fois dans leur abri. Cesentiment, omniprésent dans Le Journald’Anne Frank, fait partie du quotidien de tous les personnages.

La peur des Frank et des Van Daan d’être dénoncés etdécouverts est tout aussi poignante que celle des personnes qui leur portentassistance. C’est pour leurs vies que les personnages ont peur, et cette peurdevient la maîtresse absolue de leurs quotidiens.

« Hiersoir, nous sommes descendus tous les quatre dans le bureau privé et avons misla radio de Londres, j’étais tellement terrorisée à l’idée qu’on puisse nousentendre que j’ai littéralement supplié Papa de remonter avec moi ; Maman acompris mon inquiétude et m’a accompagnée. Pour d’autres choses aussi, nousavons très peur d’être vus ou entendus par les voisins. Dès le premier jour,nous avons cousu les rideaux, en fait on peut difficilement parler de rideauxcar ce ne sont que de vilains bouts de tissu ternes, de forme, de qualité et demotif totalement disparates, que nous avons cousus ensemble, Papa et moi, toutde travers comme de vrais amateurs ; ces oeuvres d’art sont fixées devant lesfenêtres par des punaises et n’en seront plus décrochées jusqu’à la fin denotre clandestinité. »

La peur atrophie progressivement les vies des persécutésconfinés dans leur modeste abri. Pour des Juifs parfaitement assimilés à lasociété et disposant d’un haut statut social, le hiatus avec leur vied’autrefois est particulièrement grand et les résidents de l’Annexe voient leurquotidien tomber dans la précarité.

Cloîtrés dans l’Annexe, les deux familles juives restentrattachées au monde extérieur par une radio. Ils reçoivent à travers elle desnouvelles de la vie à l’extérieur ; ils apprennent l’arrestation d’autresJuifs, y compris leurs amis, et les souffrances des non-Juifs qui connaissentla disette.

Pourtant, se savoir relativement protégés ne rassurepas ; au contraire, les informations renforcent cruellement le sentimentde danger. Chaque fois qu’une sonnerie retentit, chaque fois qu’il y a uneentrée par effraction dans le bâtiment, quand un ouvrier doit réaliser destravaux, la peur grandit. Anne a parfaitement conscience du sort qui serait leleur s’ils étaient découverts, et même si elle fait de son mieux pour échapperà cette hypothèse réaliste, la peur ne la quitte vraiment jamais.

« Notrepeur n’a fait qu’augmenter après la nouvelle concernant Van Hoeven, on entend ànouveau « chut » de tous les côtés, tout se fait plus silencieusement. Lapolice a forcé la porte là-bas, si bien que nous n’en sommes pas à l’abri nonplus ! Si nous aussi, un jour… non, je n’ai pas le droit de finir cette phrase,je n’arrive pourtant pas à chasser cette question aujourd’hui, au contraire,cette peur que j’ai déjà vécue me revient dans toute son horreur. »

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