Le journal de Ma Yan

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Ma Yan

Ma Yan est une écolière chinoise de la province
du Ningxia qui tenait un journal où elle racontait ses journées à l’école et la
dureté de la vie dans sa région isolée du Nord-Ouest de la Chine. En mars 2001, ses trois carnets, qui couvrent
la période 2000-2001, ainsi qu’une lettre de Ma Yan, où elle exprime son
souhait de continuer d’étudier, sont remis par la mère de Ma Yan au journaliste Pierre Haski, alors
correspondant à Pékin pour le journal Libération,
sur place pour filmer un documentaire sur les musulmans chinois. Après en avoir
fait assurer la traduction il découvre le témoignage poignant d’une fillette
qui exprime lucidement les difficultés qu’elle rencontre avec sa famille.

Ma Yan naît en 1987 dans une famille hui. Les Huis
sont relativement similaires à l’ethnie chinoise majoritaire des Hans à cela
près qu’ils sont musulmans. Sa famille, peu religieuse mais qui vit cependant
dans le respect des traditions, est très
pauvre
, et cette situation colore tous les aspects de la vie de la
fillette. Le climat de la région en outre est particulièrement difficile, la
température oscille durant l’année entre – 40 °C et + 40 °C à
l’ombre.

À travers ses carnets – incomplets car son père
s’est servi d’une partie comme papier à cigarettes –, on apprend que Ma Yan a
commencé l’école à huit ans, avec un an de retard sur la norme chinoise donc,
d’abord dans son petit village de province, puis à 20 km de chez elle dans une
école plus importante, où elle est interne et d’où elle revient à pied tous les
weekends. Ma Yan se montre dans ses écrits particulièrement observatrice et lucide
car elle sélectionne dans les expériences
de son quotidien
ce qui peut surprendre, et à travers ses étonnements elle
met en valeur ce qu’elle perçoit déjà comme des injustices, comme ce professeur de gymnastique incapable de
pédagogie, qui juge simplement les élèves sur des capacités qui n’ont rien à
voir ni avec le mérite ni un apprentissage guidé. On relève aussi l’inégalité
entre les sexes, particulièrement prégnante en Chine et dans cette région :
une seule femme fait cours dans la première école de Ma Yan, signe d’un accès à
l’éducation moindre des filles.

Le manque
de moyens
dans son école frappe aussi : pas de bibliothèque ni d’outils
pédagogiques pour compenser les différences sociales entre les élèves, et comme
les parents de Ma Yan sont particulièrement pauvres, elle doit par exemple
travailler sans dictionnaire. Malgré tout, elle subit la pression de ses parents qui lui expriment qu’ils se sacrifient –
notamment en médicaments (la mère souffre d’un ulcère à l’estomac) et en nourriture
– pour son éducation, et que cela doit payer. Elle subit le contraste entre sa
situation et ceux des autres enfants qui ont toujours quelque chose à grignoter
par exemple.

La fillette apparaît cependant conditionnée à
certains égards, habituée à une certaine violence
physique
qui se manifeste chez les professeurs sur les élèves
récalcitrants. En outre, tout du long de ses textes, Ma Yan se comporte et
pense en fonction des valeurs
communistes
qu’on lui a inculquées, ce qui implique une certaine soumission de l’individu, et même un
oubli de soi, pour toujours viser le bien-être de la communauté. De retour chez
elle, Ma Yan doit conjuguer l’obligation d’aider
aux travaux des champs
avec ses devoirs. En effet, la terre de la région
est ingrate ; on y cultive du blé et du sarrasin, et les enfants forment
une force de travail précieuse. Le père de Ma Yan loue parfois ses bras sur des
chantiers éloignés, mais les ouvriers migrants, qui ne bénéficient d’aucun
droit, ne sont parfois pas payés.

Au collège,
son expérience de l’école change : il y a 70 élèves dans sa classe, mais
il n’y règne plus une atmosphère de compétition aussi rude qu’auparavant et les
professeurs sont plus sympathiques, sauf le professeur d’anglais, dont la
brutalité offre l’occasion de constater un changement chez Ma Yan : la
violence la choque désormais.

 

Cependant, en 2001 – Ma Yan a treize ans –, ses
parents n’ont plus les moyens de lui payer l’école ; la fillette est
désespérée. C’est alors qu’intervient par hasard Pierre Haski, ému par la lutte
de la fillette contre la faim et la pauvreté, et son désir de poursuivre son éducation
le plus longtemps possible, et que Ma Yan devient l’auteure en 2002 d’un livre, Le Journal de Ma Yan (en
anglais
Ma Yan’s Diary: The Struggles
and Hopes of a Chinese Schoolgirl
), qui se vendra rapidement à
45 000 exemplaires en France, et sera rapidement traduit dans huit autres langues
que le français. Il a finalement été traduit dans dix-sept langues et vendu à
plusieurs centaines de milliers d’exemplaires à travers le monde.

 

On connaît peu de choses de la suite de la vie
de la fillette, hormis qu’elle a finalement reçu une bonne éducation, aidée par l’association
« Enfants du Ningxia »
que la notoriété de son histoire a permis
de fonder dès l’été 2002, et qu’elle a même étudié par la suite à Paris. Grâce à la publication de ses
carnets, sa famille est en outre sortie de la pauvreté. Le village aussi a
bénéficié d’aide, et a été approvisionné en eau fraîche et en engrais.

 

Son témoignage a permis un éclairage sur les
conditions de vie et l’accès à l’éducation des fillettes chinoises des milieux
ruraux. Quand on lui a demandé ce qu’elle voulait faire à l’époque, suite au
succès de son livre, elle a répondu « journaliste »,
comme « Oncle Han », le surnom donné à Pierre Haski, et ce pour aider
à son tour les enfants pauvres.

 

 

« Si un jour, je réussis
dans la vie, ce succès sera celui de maman. Je me souviendrai toujours d’elle.
Pourquoi ai-je en moi tant de douleur, pourquoi mes larmes ne se tarissent
jamais ? Pourquoi moi, une adolescente, suis-je tenue de verser tant de
larmes ? Dites-moi pourquoi ! Et, si elles ne sont pas épuisées,
est-ce le signe que je ne réussirai pas ? Je dois continuer à avancer sur
ce chemin difficile. »

 

« Aujourd’hui, au cours
de chinois, le professeur nous demande d’écrire une rédaction sur le
thème : “Je suis au collège”. Il en profite pour nous expliquer la
différence entre la classe lente et la classe rapide. Les mauvais élèves de la
classe rapide seront rétrogradés dans la classe lente, et le professeur aura
une amende. C’est pourquoi il veut que nous étudions bien, pour rapporter des
honneurs à notre classe. Il s’arrête enfin et nous demande d’écrire.
J’ai fini ma rédaction en quelques minutes. Tous mes camarades sont surpris :
“Nous passons deux ou trois jours à réfléchir sur une seule rédaction et
toi…” Le professeur affirme que ce n’est pas encore assez rapide : “Il
faut faire comme Ye Shengtao, conjuguer vitesse et talent.” Les camarades se
moquent : Ye Shengtao est le premier talent sous le ciel, Ma Yan est le
deuxième. Tout le monde se met à rire. »

 

Ma Yan, Le Journal de Ma Yan, 2002

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