Le Montespan

par

Françoise Athénaïs de Montespan

Françoise a vingt-deux ans quand elle épouse Louis-Henri Pardaillan et devient marquise de Montespan. C’est une aristocrate ; la jeune Françoise de Rochechouart de Mortemart, dite Mlle de Tonnay-Charente, a été élevée chez les sœurs. Elle est ainsi décrite : « Elle n’est pas une beauté. C’est LA beauté. » ; « Teint de lait, les yeux verts des mers du sud, boucles blondes à la paysanne… ». Cette beauté et la sensualité qui émane d’elle tournent la tête de tous les hommes qu’elle croise. Elle file le parfait amour avec son Louis-Henri, ils ont deux enfants qu’elle chérit et entoure de ses soins, jusqu’au jour fatal où elle devient dame d’honneur de la reine. Elle comprend immédiatement que le roi a des vues sur elle et la jeune femme veut quitter la cour, suivre son mari vers les lointaines Pyrénées. « Versailles est un pays effroyable et il n’y a pas de tête qui n’y tourne. La cour change les meilleurs », dit-elle à Louis-Henri. C’est ce qui va advenir.

Françoise, qui se fait maintenant appeler Athénaïs, devient la favorite de Louis XIV. « La favorite du roi commence sa carrière féerique, devient l’incontestable reine de France. Elle a poussé La Vallière aux Carmélites. Elle réclame qu’on la fasse haranguer partout où elle passe. Elle possède un appartement de vingt pièces au premier étage près de la salle du Conseil du roi, alors que la reine se contente de onze pièces au second. Elle est l’ornement gracieux des réjouissances de la cour. Sa traîne est portée par un pair de France tandis que la reine n’a qu’un page pour s’occuper de la sienne. Fier d’une telle conquête, le roi prend plaisir à la faire admirer comme il fait admirer les bâtiments et les jardins aux notables étrangers qui passent à Versailles. » Pendant les quatorze années que dure sa liaison avec le roi, elle connaît neuf grossesses. Sept enfants survivent, quatre atteignent l’âge adulte. Elle règne sur la cour, dépense sans compter, gaspille avec délices, est patronne des arts, elle est la plus brillante étoile du règne. En revanche, elle abandonne totalement son Louis-Henri, sa fille Marie-Christine qui l’aime tant, et voit à peine son fils.

Mais elle commet une première bévue : « Pour élever sa progéniture, la favorite a choisi de confier ses enfants à la vilaine veuve d’un écrivain paralytique, rhumatisant au dernier degré et quasi gnome : Paul Scarron. À sa mort, ce poète bossu et lubrique a laissé un testament : Je lègue mes bien à mon épouse à condition qu’elle se remarie. Ainsi il y aura tout de même un homme qui me regrettera ! » Elle ne sait pas que ce faisant, elle introduit à la cour celle qui prendra sa place, la future Mme de Maintenon, qui finira reine de France. De plus, elle vieillit et se montre prête à tout pour conserver l’amour du roi. Elle trempe dans la sordide Affaire des Poisons et va jusqu’à prendre part à des messes noires. C’en est trop pour le roi, qui se sépare d’elle. Louis-Henri refuse qu’elle revienne auprès de lui. Elle lui survit seize ans et elle meurt seule, abandonnée de tous. Elle est enterrée à la sauvette et ses entrailles sont dévorées par les chiens. La femme qui fut presque reine connaît l’oubli et une fin sordide.

Le personnage est historique. « La Montespan », c’est ainsi que les livres d’Histoire la désignent. Elle fut l’une des deux favorites les plus célèbres du Roi-Soleil et leur liaison dura de 1667 à 1681. Sur leurs sept enfants vivants, six furent légitimés, c’est-à-dire que le roi reconnut officiellement en être le père. Certains ont des descendants dans les cours européennes d’aujourd’hui ; le sang de Françoise Athénaïs de Montespan vit encore chez les têtes couronnées. Le portrait qu’en brosse Jean Teulé est fidèle à l’image que l’on se fait de cette grande courtisane qui connut un exceptionnel destin. Cela dit, si son nom a effectivement été prononcé dans l’Affaire des Poisons, rien ne prouve de façon formelle qu’elle y trempa. Quant aux messes noires, Jean Teulé choisit de présenter une face détestable du personnage, mais l’éventuelle participation d’Athénaïs de Montespan à ces pratiques infâmes ne repose que sur de pures spéculations.

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