Le Montespan

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La réalité historique et l'intrigue

Il serait imprudent de considérer Le Montespan comme une œuvre d’historien. Jean Teulé n’a d’ailleurs jamais eu cette prétention. Il est vrai que les protagonistes sont vrais et que l’intrigue repose sur des faits historiques : le marquis de Montespan, ulcéré de voir sa femme devenir la maîtresse du roi, manifesta vivement sa désapprobation, à ses risques et périls. Les grandes lignes des biographies de Louis-Henri et Françoise Athénaïs sont là. On rencontre au fil des pages quelques personnages historiques, comme La Reynie, qui tance vertement le jeune marquis de Montespan car son frère s’est battu en duel, et qui fut dans la réalité le premier lieutenant général de police de Paris. La route de Louis-Henri croise à plusieurs reprises celle de Lauzun, capitaine des Gardes du Corps du Roi, colonel général des dragons, qui apparaît comme un ami très ambigu, dispensant ses bons conseils mais prêt à obéir sans discuter aux ordres de Sa Majesté quand il s’agit de mettre le marquis de Montespan sous les verrous. Au détour d’un couloir, on aperçoit Lully, illustre compositeur d’origine italienne qui décora de sa musique la cour du Roi-Soleil. Et bien sûr, le plus fameux d’entre tous, celui qui écrivit la cruelle pièce Amphitryon qui raille les mésaventures conjugales de Louis-Henri, Molière. D’autres personnages moins connus du lecteur d’aujourd’hui, comme les aristocrates croisés dans les salons du Marais où le couple perd son argent au jeu, furent effectivement d’authentiques personnages. Les événements guerriers auxquels Louis-Henri prend part – le siège de Marsal et la déroute à Gigeri (aujourd’hui Didjelli en Algérie) sont fidèlement relatés (y compris le naufrage du navire dont Louis-Henri est passager, La Lune, qui coula « comme un marbre » au large de Toulon). Nombre de détails du quotidien dans divers domaines, comme la fabrication des perruques, l’état des routes et chemins du royaume, forment une toile de décor authentique.

Sur cette toile, Jean Teulé brode et interprète, ajoutant quelques personnages d’extraction trop basse pour que les chroniques du temps en aient gardé le souvenir, et choisit de ternir ou de faire briller la réputation des protagonistes. Ainsi, Louis-Henri apparaît au lecteur comme un inconsolable amoureux fidèle au souvenir de son amour perdu, par opposition à Françoise Athénaïs, femme qui oublie bien vite ses amours conjugales et va jusqu’au crime – l’Affaire des Poisons – et au blasphème – les messes noires – pour conserver la faveur royale. Comme d’illustres prédécesseurs tels Maurice Druon avec Les Rois maudits ou Alexandre Dumas, le romancier construit une fiction plausible sur une base historique dont les personnages retrouvent vie, et le récit de fiction prend alors les couleurs de la réalité.

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