Les Complaintes

par

Les difficultés liées à l’amour et à la femme

 L’amour est un thème omniprésent dans Les Complaintes. Qu’ils’agisse de l’amour unilatéral ou de l’amour bafoué, on remarque que les suitesdonnées à ce sentiment ne sont jamais heureuses. Ainsi peut-on entendre legénie se lamenter : « Seul au balcon, disait, les yeux brûlés derages / “J’ai du génie, enfin : nulle ne veutm’aimer !” » (« Complainte des pubertés difficiles »)ou encore le mari trompé se voir répondre par sa moitié infidèle dans la «Complainte de l’époux outragé » : « C’était du trop d’amour qu’j’avais, / Mon Dieu, mon ami, / C’était du trop d’amour qu’ j’avais ! » c’est pour l’amant qu’ellevoue un amour éternel et non pour le poète : « – Lui, il aura monâme immortelle, / Mon Dieu, mon ami, / Lui, il aura mon âme immortelle ! ».

Ce sentiment ne s’accommodevéritablement d’aucun ersatz et aussi peut-il être difficilement remplacé.C’est pour mieux le faire sentir que l’auteur se plaît à mettre en scène desexclus du royaume amoureux pour mieux les plaindre, parvenant à faire partagerau lecteur leur douleur intérieure. Il s’entête à chercher l’amour et se voitpris dans un cercle vicieux d’efforts et de refus continuels : « Qui m’aima jamais ? je m’entête / Surce refrain bien impuissant. » (« Complainte des débats mélancoliqueset littéraires ») ou encore dans la « Complainte des blackboulés » :« L’orchestre du jardin jouait ce”si tu m’aimes”, / Que vous savez ; / Et je m’en vais /Depuis, et pour toujours, m’exilant sur ce thème. / Et toujours, ce refus simonstrueux m’effraie / Et me confond ». Par cet effort, il parvient à fairesentir l’importance que revêt l’amour dans l’existence quotidienne et plutôtque de le maudire, le loue, car une existence sans amour semble être digned’être plainte, ainsi qu’il le fait en déclarant : « Maintenantc’est comme une rade ! ça vous fait le cœur tout nomade ».

Dans le poème« Complainte-Litanies de mon Sacré-Cœur », il se compare à Prométhéeet plaint son pauvre cœur incessamment dévoré par la Femme-Vautour : « Ettoujours, mon Cœur, ayant ainsi déclamé / En revient à sa complainte :Aimer, être aimé ! » car l’origine de l’échec de l’amour chez Laforgue n’est autre que lafemme qui occupe une place importante dans l’univers poétique de l’écrivain. Elleest perçue par Laforgue comme étant l’origine et la responsable de tous sesmaux. Elle est associée tantôt aux animaux domestiques (l’image du chatsournois), tantôt aux éléments de la nature dont la lune, surtout, que lepoète assimile à une prostituée, une allumeuse dans la « Complainte de cettebonne Lune » : « Va donc, rosière enfarinée ! / Hé !Notre-Dame des gens soûls, / Des filous et des loups-garous ! / Metteuseen rut des vieux matous ! / Coucou ! ». L’évocation desanimaux dans les poèmes de Laforgue dénote un très grand mépris quand elle estliée à la femme : « Bestiole à chignon, Nécessaire divin / Os de chatte,corps de lierre, chef-d’œuvre vain ! / Ô femme, mammifère àchignon, ô fétiche, / On t’absout ; c’est un Dieu qui par tes yeuxnous triche. » (« Complainte des voix sous le figuier boudhique »).

Ses appels incessants à la femme et àl’amour, ses questions et plaintes répétitives (« nulle ne veutm’aimer ! » ; « Nulle ne songe à m’aimer un peu » ; « Quiveut, enfin, des palais de mon âme ? » ; « Ah !qu’une, d’elle-même, un beau soir sût venir » ; « Qui m’aimajamais ? ») trouvent enfin une réponse tranchante sous la formed’un constat triste où perce une note d’ironie aiguë et amère : « Maisj’ai beau parader, toutes s’en fichent ! » (« Complainte du pauvreChevalier-Errant »).

La femme est encore responsable de samort – une mort symbolique et douloureuse. Ce n’est pas une simplecoïncidence s’il clôt son recueil par la « Complainte-Épitaphe » en liant lafemme à la mort, et l’on connaît l’importance que revêt l’évocation de la mortdans l’œuvre de Laforgue : « La Femme, / Mon âme / Ah ! quels /Appels! / Pastels / Mortels, / Qu’on blâme / Mes gammes ! / Un fou /S’avance, / Et danse. / Silence…/ Lui, où ?/ Coucou. »

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