Les Fleurs bleues

par

Cidrolin

Être apathique et mystérieux, Cidrolin occupesa vie à dormir, peindre et manger, quittant rarement sa péniche éternellement amarrée.Son passé est trouble et nous découvrons petit à petit – grâce aux graffitisinsultants que l’on s’échine à inscrire sur sa barrière et les maigresexplications qu’il donne à ce sujet – qu’il a été incarcéré par erreur et qu’ila été relâché peu de temps avant le moment du récit.

         Pendantses siestes, il rêve du duc d’Auge, véritable double psychologique : être hantépar un passé qui le poursuit à travers les insultes du « graffitomane »,Cidrolin semble faire de ses rêves un exutoire, un lieu de fragmentation de sonidentité où il devient ce qu’il n’est pas et ce dont il rêve. En effet, le ducd’Auge exprime la violence qui bouillonne en lui, l’appétit de vivre, lesdésirs que Cidrolin refoulent sous l’apparence d’un homme apathique et brisé.Les deux identités se retrouvent à la fin du roman et fusionnent dans undialogue où chaque réplique complète la précédente pour former un nom entier(p. 256 de l’édition Gallimard).

Poursuivi par son passé personnel, Cidrolinl’est aussi par le passé collectif, par la grande fresque historique qui l’aprécédée. Le roman rejoint ici les préoccupations que Queneau énonce dans Une histoire modèle, essai écrit pendantla Seconde Guerre mondiale : la question de la prévoyance, perceptible à traversles nombreuses prophéties de la violence cyclique, hantent le roman comme ilshantent l’essai philosophique. 

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