Les Fleurs bleues

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La portée historique de l'œuvre

Queneau écrit Une histoire modèle comme un journal personnel, sous l'Occupation ; il y exprime donc ses doutes et son pessimiste à propos de l'Histoire et du rêve d'un perfectionnement de l'humanité au fil des siècles. Il place ainsi au sein de la science historique le malheur fondamental de l'homme qui semblerait faire naître l'Histoire et les histoires. Le roman incarne cette théorie, peuplant les mondes de Cidrolin et d'Auge d'une violence omniprésente. Auge est lui-même un être brutal et Cidrolin est témoin de la mort violente du concierge d'un immeuble. Les malheurs composent la trame narrative, donnant raison aux conceptions de Queneau pour qui il n'y a pas de roman sans malheurs, puisqu'ils composent la trame de la fiction. Ainsi écrit-il dans Une histoire modèle : « Les récits imaginaires ne peuvent avoir pour sujet que le malheur des hommes, sinon, il n'y aurait rien à raconter. Que la conclusion soit heureuse ou tragique, il faut qu'il y ait eu risques, perturbations, troubles. Dans les idylles les plus anodines, il y a au moins l'ombre d'un danger. Tout le narratif naît du malheur des hommes. » Sans malheur, l'histoire ne peut advenir, car il ne resterait rien à raconter. La résolution du mystère du « graffitomane » éclaire ce pessimisme : l'être qui accable Cidrolin d'injures, lui rappelant sans cesse son passé taché d’une erreur judiciaire, n'est autre que lui-même. Le malheur apparaît ici comme un élément nécessaire dans la vie des personnages et sauve leur quotidien de la monotonie et du néant.

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