Les Justes

par

L'incarnation des idées

Le théâtre propose de nombreux outils pour présenter une pensée philosophique, comme l'ont bien remarqué Camus et Sartre.

            Tout d'abord, la prédominance de la parole permet de faire des exposés complets et incarnés d'idées abstraites : chaque personnage développe – en fonction de la situation – ses idées et positions. Une telle exposition n'est pas permise dans un essai philosophique qui réfléchit dans l'absolu, presque hors de tout contexte. Alors que l'exemple est secondaire dans un essai, il est ici central : c'est à partir de l'exemple, d'une situation donnée que l'auteur (et donc le personnage) va exprimer certaines idées. Le lecteur comprend alors mieux les idées, puisqu'elles sont mises en lien direct avec une intrigue concrète et des dilemmes moraux précis.

 

« STEPAN : L'honneur est un luxe réserve à ceux qui ont des calè-ches.

KALIAYEV : Non. Il est la dernière richesse du pauvre. Tu le sais bien et tu sais aussi qu'il y a un honneur dans la révolution… »

 

            En second lieu, la polyphonie du théâtre établit un dialogue à multiples voix, et dresse un tableau complet de différentes positions que l'on peut prendre face à une même problématique : Les Justes présente trois positions principales, celle, idéale, de Kaliayev, celle de Dora, pragmatique, et encore celle des opposants aux terroristes. Ces trois voix dialoguent, essayent de se convaincre, et le théâtre oppose à l'essai une présentation complète – même si toujours biaisée – d'un...

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Dissertation à propos de Les Justes