Méditations Métaphysiques

par

La distinction entre le corps et l’âme

Le doute cartésien n’est qu’une transaction vers la vérité. La vérité dont il est question ici renvoie à l’atteinte d’une connaissance qui soit à l’épreuve du doute. Une telle connaissance aura le respect de tous. Le doute n’est pas statique, il est en mouvement : « La Méditation que je fis hier m’a rempli l’esprit de tant de doutes, qu’il n’est plus désormais en ma puissance de les oublier. Et cependant je ne vois pas de quelle façon je les pourrai résoudre ; et comme si tout à coup j’étais tombé dans une eau très profonde, je suis tellement surpris, que je ne puis ni assurer mes pieds dans le fond, ni nager pour me soutenir au-dessus. Je m’efforcerai néanmoins, et suivrai derechef la même voie où j’étais entré hier, en m’éloignant de tout ce en quoi je pourrai imaginer le moindre doute, tout de même que si je connaissais que cela fût absolument faux ; et je continuerai toujours dans ce chemin, jusqu’à ce que j’aie rencontré quelque chose de certain » (p.25). Nous pouvons constater que l’auteur cherche une porte de sortie de ce doute. Comble de l’ironie, cette porte qui n’est autre que la certitude, passe par l’épreuve du doute.

Par ailleurs, le doute cartésien ne se limite pas aux connaissances. Il s’étend au temps et à l’espace. L’auteur estime que sa pensée est certaine et le corps douteux car il nous renseigne par le biais des sens. Néanmoins, nos pensées aussi peuvent nous tromper. Alors, qui suis-je ? se demande Descartes. Il arrive à la conclusion selon laquelle pour penser, donc douter de son corps, il faut qu’il existe lui-même. Par conséquent, il ne peut douter de son existence : « N’y a-t-il point quelque Dieu, ou quelque autre puissance, qui me met en l’esprit ces pensées ? Cela n’est pas nécessaire ; car peut-être que je suis capable de les produire de moi-même. Moi donc à tout le moins ne suis-je pas quelque chose ? Mais j’ai déjà nié que j’eusse aucun sens ni aucun corps. J’hésite néanmoins, car que s’ensuit-il de là ? Suis-je tellement dépendant du corps et des sens, que je ne puisse être sans eux ? Mais je me suis persuadé qu’il n’y avait rien du tout dans le monde, qu’il n’y avait aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits, ni aucuns corps ; ne me suis-je donc pas aussi persuadé que je n’étais point ? Non certes, j’étais sans doute, si je me suis persuadé, ou seulement si j’ai pensé quelque chose. Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé, qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n’y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il voudra il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. » (p.26). Descartes attire ainsi notre attention sur la question suivante : que suis-je ? Nous voyons donc se dresser une différence entre les deux entités. Il arrive à la conclusion qu’il est une chose pensante : « Mais qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. » (p.31). Rien de tout ce qui existe ne résiste au doute. L’unique connaissance indubitable est que le « je suis » est une chose pensante.

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