Méditations Métaphysiques

par

Le doute hyperbolique

Dans cet ouvrage philosophique, Descartes introduit une nouvelle façon de penser. Il y inaugure une révolution philosophique qui se détache du mode de pensée de l’époque. Cette révolution fonde sa méthodologie sur le questionnement. Il propose la remise en question de toutes les connaissances acquises jusque-là. En effet, dans la première méditation intitulée « Des choses que l’on peut révoquer en doute », il est à la quête d’une chose constante, permanente. Il souligne à cet effet : « Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et que ce que j’ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain ; de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. » (p.17). Cette assertion nous amène à constater que Descartes donne des bases à une science non pas axée sur la philosophie mais sur la raison. En d’autres termes, il veut aborder le premier savoir. Il se rend compte que la majorité des connaissances qu’il croyait posséder jusque-là ne repose pas sur des fondements rationnels. Il qualifie ce savoir de douteux, d’incertain. Donc, il se débarrasse de cette obscurité qui l’empêche d’acquérir le savoir, la métaphysique qui selon son arbre du savoir, constitue les racines. Une part considérable de nos connaissances est le résultat de perceptions, donc des sens qui se sont souvent révélés trompeurs. Selon l’auteur, nous devons revisiter les fondements du savoir. Il propose une méthodologie pou accéder à la métaphysique. Pour acquérir la science, il faudrait remplir les conditions suivantes : avoir atteint l’âge de la raison : « Mais cette entreprise me semblant être fort grande, j’ai attendu que j’eusse atteint un âge qui fût si mûr, que je n’en pusse espérer d’autre après lui, auquel je fusse plus propre à l’exécuter ; ce qui m’a fait différer si longtemps, que désormais je croirais commettre une faute, si j’employais encore à délibérer le temps qu’il me reste pour agir. » (p.17). Pour acquérir les fondements du savoir, il faut avoir vécu, être sorti de l’adolescence. Par conséquent, seul l’adulte peut y accéder car il a une expérience de la vie qui l’a probablement assagi avec le temps, il est élevé au dessus des plaisirs, contrairement au jeune qui se laisse aisément vivre au rythme de ses amours, émotions, passions, rêveries et même, folies. Chez le jeune, les plaisirs du corps dominent sur ceux de l’esprit. Son objectivité est voilée par les choses du monde sensible. Pour parler comme Platon, il faut qu’il sorte du monde sensible pour s’élever vers le monde olympique, celui des idées. Et, seul l’adulte peut aisément entreprendre cette quête, emprunter ce chemin : « Maintenant donc que mon esprit est libre de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions. » (p.17). Voilà donc un résumé de la vie de l’adulte car il est à l’abri des passions fougueuses qui marquent la jeunesse. Il faut tout questionner, tout remettre en question.

Seulement, cette remise en question ne se fait pas de manière sporadique. Il n’est pas possible de remettre en question toutes nos idées mais on peut questionner notre mode de pensée, examiner avec rigueur les fondements et principes de nos idées. Et, c’est ici qu’intervient le fameux doute cartésien. De fait, l’auteur utilise le doute pour balayer toutes ses opinions, ses idées erronées. Il entreprend de balayer la moindre partie de ses connaissances qui crée de l’incertitude : « le moindre sujet de douter que j’y trouverai, suffira pour me les faire toutes rejeter » (p.17). Douter de tout, le doute hyperbolique est donc le point de départ. Comme souligné plus haut, le doute cartésien est tourné vers les principes. Quelle est l’origine de nos opinions ? L’auteur, en recherchant la science première, procède à un doute analytique qui a pour objectif d’établir la vérité, de démêler le vrai du faux. Cette vision cartésienne nous demande de nous débarrasser, de nous libérer de l’esprit des préjugés.

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