Nouvelles de Saint-Pétersbourg

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Le fantastique dans l’œuvre

Il peut sembler étonnant à première vue que les Nouvelles de Pétersbourg soient classées parmi le genre « réaliste » de la littérature. Ce n’est que depuis peu qu’on considère celles-ci comme étant également fantastiques. En effet, leur décor est implanté dans le réel de la Russie quotidienne et les personnages ne sont pas extraordinaires en soi. Mais peu à peu, des évènements ayant trait au fantastique surviennent, le réel est fissuré, la raison vacille : le fantôme d’un petit homme dont on a volé le manteau de son vivant, qui revient parmi les humains, l’éloquence dont sont dotés les chiens, les portraits qui se mettent à vivre… Ainsi, les grands thèmes du genre fantastique se rejoignent : objets dotés d’une forme de vie, communication avec l’au-delà, forces occultes inexplicables…

La métamorphose est également un thème récurrent. Par exemple, dans « Le Manteau », Akaro Akakievitch revient sous une forme spectrale après sa mort, et cependant, il apparaît au beau milieu de la vie quotidienne des hauts fonctionnaires, qui, de part leur haute fonction, sont supposés être des témoins crédibles. Or, eux-mêmes voient le fantôme, on ne peut alors douter de son existence. Ce fantastique est donc doublé d’une affirmation de celui-ci par l’intervention de personnes restées elles, bel et bien dans le domaine du réel, et nous nie alors le droit de penser qu’il ne s’agit que d’une folie ou d’un rêve d’un protagoniste. Cependant, le fantastique n’est pas cloisonné à l’utilisation de thèmes décalés du réel dans Les Nouvelles de Pétersbourg. Il se mue parfois en merveilleux, comme l’atteste la nouvelle « Le Nez », lorsque celui-ci se détache de son visage et s’en va se loger dans un pain. L’histoire revêt alors une dimension de quasi-conte de fée, personnifiant le nez comme une création de plus aux côtés de nains, fées et sorcières.

Cependant, il est important de rappeler que ce fantastique toujours présent dans l’œuvre est indiscutablement lié à une forme de réalisme morne et quotidien, de la volonté de l’auteur de créer non seulement une atmosphère décalée et étrange, mais, loin de vouloir faire évoluer ses personnages dans un univers totalement étranger et de leur faire vivre des aventures fantastiques, désire plutôt instaurer un climat de trouble, d’incertitude, presque d’oppression.

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