Tous les matins du monde

par

Madeleine

Madeleine est l’aînée de Sainte Colombe. Nous suivons son évolution depuis ses sept ans. Cette jeune fille discrète illustre le silence et au repli sur soi : « elle était comme un vaisseau qui chavire et qui coule inopinément » — cette phrase souligne métaphoriquement sa fragilité. C’est une image sombre et forte. En effet cela montre sa façon de se couper de la réalité. Tout cela est en opposition avec Toinette, sa cadette, pleine de vie. Madeleine est dans la passivité : lors des scènes où son père s’emporte, elle reste figée et pétrifiée. Elle refuse l’action et la parole. Elle est caractérisée par une maigreur extrême. Sa mort est à l’image de son personnage, silencieuse et discrète. C’est cependant le seul moment où elle fera preuve d’initiative.

Sa discrétion extrême va de pair avec une constitution physique faible. Elle perd l’enfant qu’elle porte, celui qu’elle a conçu avec Marin Marais. À la suite de cet événement elle tombe malade et ne s’en remettra jamais. Lors de sa grossesse Marin Marais avait fait confectionner de petits souliers en satin jaune à son père, mais il ne les lui offre qu’après qu’elle eut perdu l’enfant. Madeleine va leur trouver une utilisation tragique : elle se servira des lacets pour se pendre à un montant de son lit. Cet objet aurait pu disparaître mais Toinette a empêché sa sœur de les brûler – ironie tragique.

 Cette faiblesse est à l’opposée des forts sentiments qui la traversent. Elle se consume littéralement pour Marin Marais, le perdre signe sa dégénérescence. Leur relation est inégale dans le sens où Madeleine lui a ouvert son cœur, son corps et son âme, alors que lui est un être profondément obnubilé par lui-même qui, même s’il l’a aimée, reste concentré sur la musique et Sainte Colombe. Le temps qu’ils passaient tous les deux n’était pas seulement voué à leur relation, mais à l’apprentissage de la musique. Marin Marais n'est que peu resté en apprentissage avec Sainte Colombe, seulement trois mois. Suite à son éviction, Madeleine lui a donné des cours et lui a ensuite montré un moyen d’écouter Sainte Colombe à son insu – c’est ainsi qu’il a pu plagier ses compositions et gagner sa reconnaissance à Versailles.         

Sa dévotion à l’égard des autres est sans limites. Enfant, elle respectait son père, s’occupait de certaines tâches ménagères. De même, elle restera jusqu’à la fin de sa vie avec son père, lequel sera dévasté par la disparition de sa fille, qui le plonge dans un abîme de tristesse encore plus profond.

C’est après son suicide qu’apparaît le titre, dans la phrase : « Tous les matins du monde sont sans retour ». Sainte Colombe jouera avec Marin Marais comme pour la faire revenir.

Madeleine est une musicienne, comme son père, son amant et sa sœur. Lorsqu’elle était jeune, son père leur a appris à jouer, ils donnaient même de petits concerts dans leur demeure. Contrairement à son père elle ne parvient pas à trouver sa rédemption dans la musique. Son art, elle s’en est dépossédé au profit de Marin Marais.

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