Tous les matins du monde

par

Marin Marais

Marin Marais, bien que personnage clé du roman, n’apparaît pas dès le début mais au chapitre VIII ; il a dix-sept ans et vient solliciter Monsieur de Sainte Colombe pour devenir son élève. Il était important de le présenter après la mise en place du personnage principal afin d’insister sur leurs différences. Suite à cela, il devient un personnage récurrent qui fait une apparition ou est évoqué quasiment à chaque chapitre.

Le chapitre VIII est raconté comme un nouvel incipit, une nouvelle histoire dont il serait le héros. Marin Marais apparaît (mais c’est seulement une apparence) comme un bourgeois bien habillé, ayant des relations dans la société parisienne et versaillaise, mais peu sûr de lui. Après une prestation de viole peu convaincante aux yeux de son futur maître, il joue un morceau plus simple de sa composition et chante une chanson de son enfance. Cela émeut Sainte Colombe qui finit par lui laisser une chance de devenir son élève.

Cette scène racontant la rencontre des deux personnages principaux du roman est essentielle car elle met en évidence des différences presque insurmontables, notamment entre deux conceptions de la musique. Pour Marin Marais c’est un moyen d’accéder à la gloire et à la reconnaissance : il veut montrer son art au public, à Versailles, devant la cour. L’émotion que transmet l’art n’est que secondaire à ses yeux. Marin Marais fait de la musique, contrairement à  Sainte Colombe qui est la musique.

 Il a commencé l’apprentissage de la musique dès l’âge de six ans grâce à sa voix. Il appartenait à la maîtrise du roi dans la chorale de l’église située directement à la porte du château du Louvre. Il y est resté jusqu’à ses quinze ans, période de sa mue. Il fut jeté à la porte sans cérémonie, humilié par ce corps qui lui avait ôté ses rêves et sa vie confortable. Il fut donc forcé de retourner chez son père qui tenait une cordonnerie. Le quotidien y est épouvantable, il ne supporte pas les bruits violent de l’enclume, ni l’odeur oppressante de l’urine, encore moins les chansons paillardes déclamées par son père. Il part donc en apprentissage chez M. Caignet, puis chez M. Maugars qui lui avait conseillé d’aller voir M. de  Sainte Colombe.

La relation maître-élève de ces deux protagonistes est des plus tendues. Sainte Colombe ira jusqu’à briser la viole de Marin dans un accès de rage. Marin est jeté dehors, mais cela ne l’empêche guère de revenir écouter subrepticement Sainte Colombe lorsqu’il joue dans sa cabane.

C’est un homme qui n’a pas peur d’utiliser des moyens à la limite de la légalité pour arriver à ses fins ; en effet, il utilise et plagie les compositions de Sainte Colombe pour acquérir une réputation de virtuose à la cour alors qu’il n’est qu’un imposteur (non dénué de talent cependant).

            Marin entretient une relation amoureuse avec l’aînée de Sainte Colombe, la douce Madeleine. Elle est amoureuse de lui, mais Marin Marais semble simplement satisfaire ses désirs avec elle. Pour preuve, il n’hésite pas à la tromper avec sa sœur Toinette. Lorsque son désir s’éteint, il met un terme à leur relation en dépit de tout ce que pouvait ressentir Madeleine. Cela montre un aspect assez sombre et égoïste de sa personnalité.

            Ce personnage n’est pas inconnu à Pascal Quignard ; en effet, il a déjà écrit sur lui, il lui a consacré toute la première partie de La Leçon de Musique, un essai sur la voix humaine paru en 1987, quatre ans avant Tous les matins du monde. De même que Sainte Colombe, Marin Marais est un personnage historique. Il a laissé derrière lui un nombre important de pièces lyriques pour violes, et on trouve trace de son passage sur terre dans la notice biographique de Titon du Tillet, Vies de Musiciens et autres Joueurs d’Instruments sous le règne de Louis Le Grand.

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