Un chapeau de paille d’Italie

par

L’allégorie du destin et le ton de la pièce

S’il est vrai qu’il n’y a aucune forme de jugement moralou social dans la pièce, l’auteur parvient quand même à pousser le lecteur às’interroger notamment sur la question du destin. En effet, la pièce peut êtreperçue comme une allégorie de cette notion.

Le personnage de Fadinard se lance dès le début de lapièce dans une quête effrénée d’un chapeau de paille. Il recherche ce chapeaupar tous les moyens et cette quête s’immisce dans tous les autres aspects deson existence. Même son mariage n’y échappe pas. De ce point de vue, le chapeaude paille est une représentation de l’objectif, du destin que le personnagecherche coûte que coûte à accomplir.

Mais lechapeau comme le destin restent insaisissables, et Labiche se sert de cetteinéluctabilité pour donner à sa pièce la dynamique du cauchemar. Chaque foisque le personnage de Fadinard semble sur le point de se saisir du chapeau, letrésor lui échappe. Tous ses efforts, tous ses stratagèmes, infructueux, neparviennent pas à le rapprocher du chapeau de paille. L’objet resteperpétuellement hors de portée. Pire, chaque tentative semble avoir desrésultats insoupçonnés qui tendent à compliquer l’accomplissement de sesobjectifs.

« CLARA :Vous me dites : “Attends-moi, je vais chercher un parapluie.”J’attends, et vous revenez au bout de six mois… sans parapluie !

FADINARD : Tu exagères ! D’abord il n’y a que cinqmois et demi… quant au parapluie, c’est un oubli… je vais le chercher… »

Ainsi,Clara, la modiste, s’avère être une ancienne maîtresse de Fadinard, la baronnese trouve être la marraine de la propriétaire du chapeau perdu, alors queBeauperthuis est le mari de cette même femme. Chaque solution envisagée faitnaître un nouveau problème.

Pourtant, cechapeau tant recherché, Fadinard le possède déjà, mais il n’en a pasconscience. Le chapeau de paille est présent depuis le début de la pièce commecadeau de mariage apporté par l’Oncle Vézinet. Ainsi, le personnage qui détientla clé de l’intrigue est l’oncle sourd, et il ne peut faire savoir à LéonidasFadinard que le chapeau de paille d’Italie, fait à Florence avec une pailletrès fine et garni de coquelicots, il le lui a déjà offert.

« VÉZINET, l’examinant :Mon cadeau de noces… Je l’ai fait venirde Florence… pour cinq cents francs.

FADINARD, tirant sonéchantillon : De Florence !… (Luiprenant le chapeau et le comparant à l’échantillon sous le réverbère.) Donnez ça !… Est-ce possible !…moi qui, depuis ce matin… et il était… (Étouffant de joie.) Mais, oui… conforme !…conforme !… conforme !…et des coquelicots !… (Criant.) Vivel’Italie !… (Il le remet dans le carton.) »

En plus du toncauchemardesque de la pièce, Eugène Labiche en fait une allégorie du destin – unequête inutile de l’accomplissement d’un destin qui était, depuis le tout début,à la portée du personnage.

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