Un chapeau de paille d’Italie

par

Une comédie authentique

Un chapeau de Paille d’Italie est un vaudeville. Les thèmes du mari jaloux, de l’épouse infidèle et de l’amant y sont bien présents. On serait tenté de dire que ce vaudeville ressemble à tous les autres, au regard de ces renseignements. Mais la pièce de Labiche fait office de comédie nouvelle et authentique, même parmi les nombreuses autres œuvres de l’auteur.

En effet, les vaudevilles se basent en général sur le comique des situations, mais Un chapeau de paille d’Italie se construit autour d’un comique de mouvement. En effet, l’intrigue construite autour de la recherche d’un chapeau de paille spécifique peut paraître quelque peu inconsistante au premier abord, d’autant plus que la pièce est anormalement longue (cinq actes) pour un vaudeville classique. Toutefois, le spectateur réalise rapidement que le fondement du comique dans la pièce ne se situe pas dans les situations de départ, mais dans les situations qui prennent naissance à chaque tentative infructueuse de Fadinard de retrouver un substitut adéquat au chapeau de paille que son cheval a mangé.

« FADINARD : J’allais présenter mes excuses à cette dame et lui offrir de payer le dommage […] Je n’ai eu que le temps de lui jeter une pièce de vingt francs pour le chapeau… ou de vingt sous ! … car je ne suis pas fixé […] (Tirant de sa poche un fragment de chapeau de paille, orné de coquelicots.) Voilà la monnaie de ma pièce !… 

VÉZINET : Il faudrait chercher longtemps avant de trouver un chapeau pareil… j’en sais quelque chose. »

Ainsi, dans l’effort de remplacer le chapeau perdu avant que le mari jaloux ne s’en rende compte, Fadinard est forcé, le jour de son propre mariage, de se rendre auprès d’un certain nombre de femmes susceptibles de lui offrir la solution à son problème. Seulement, le jeune marié est continuellement suivi par la noce de province dont il tente désespérément de se débarrasser ; l’étui à chapeaux dévoile des secrets souvent embarrassants qu’on aurait préféré garder cachés, et les efforts du protagoniste sont sans cesse mis à mal par son beau-père peu commode, auquel Fadinard cherche tout de même à faire plaisir.

Le mouvement dans la pièce c’est encore le mouvement des personnages, qui entrent et sortent de scène les uns après les autres, faisant irruption à des moments peu opportuns, tombant souvent comme des cheveux sur la soupe, mais renforçant toujours l’hilarité qui accompagne la quête du chapeau de paille. Ils se contredisent sans cesse et semblent plongés dans de petites guerres individuelles.

« FADINARD, à part : Il ne manquerait plus que ça ! (Haut) C’est inutile… elle n’accepterait pas… elle est en deuil.

NONANCOURT : En robe rose ?

FADINARD : Oui, c’est de son mari.

NONANCOURT : Ah ! (À Tardiveau.) Monsieur, je renoue ! Bobin, je te la retire.

BOBIN, vexé à part : Vieux Tourniquet ! »

D’autres personnages introduisent encore de l’humour dans la pièce, à l’instar de l’Oncle Vézinet, qui est sourd mais s’obstine contre tout bon sens à entretenir des discussions normales avec les autres personnages. Il y a encore le personnage traditionnel du beau-père, hostile à Fadinard, qui dit, comme déjà noté : « J’ai fait sa connaissance dans un omnibus… Son premier mot fut un coup de pied ».

Ainsi, Labiche donne naissance au vaudeville du mouvement. La pièce a beau être plus longue qu’un vaudeville classique, elle parvient tout de même à rester légère, comique, et dépourvue de tout jugement social ou moral. 

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