Vipère au poing

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Résumé

L’histoire se déroule en France, dans le payscraonnais, dans la Mayenne. Le narrateur, Jean Rezeau, est un trentenaire quiraconte son enfance, celle d’un petit garçon maltraité dans une grande maisonhumide et triste, perdue dans la campagne française. Quand son récit débute,dans les années 1920, Jean a huit ans. Il est le deuxième d’une fratriecomposée de lui-même, surnommé Brasse-Bouillon, surnom qu’il n’aime pas, deFerdinand, dit Chiffe, l’aîné, que l’on appelle aussi Freddie, et de Marcel,alias Cropette. Les deux aînés ne connaissent pas Marcel car il est né en Chineet vit là-bas avec leurs parents. Frédie et Jean habitent la demeureancestrale, la Belle Angerie, faux château abritant depuis deux siècles labourgeoise et vaguement noble famille Rezeau, où ils sont élevés par leurgrand-mère. La famille est traditionaliste, catholique, compte plusieursecclésiastiques et écrivains chrétiens dans ses rangs, mais elle est aussi pratiquementruinée. Au début du roman, Jean étrangle une vipère dans son petit poing. Acteinconscient, il marque l’enfant qui a été, selon son entourage, touché par unegrande grâce, car il n’a pas été mordu. Cette grâce va bientôt disparaître.

Quand la bonne et aimante grand-mère meurt,les parents Rezeau reviennent de Chine. Les enfants attendent impatiemment cesparents qu’ils ne connaissent pas et ce petit frère qu’ils n’ont jamais vu.Jacques Rezeau, leur père, se voit comme le chef d’une famille qui tient uneplace importante dans le tableau des familles bourgeoises craonnaises. Docteuren droit, entomologiste spécialiste des mouches, il ne travaille pas car avoirune activité salariée, c’est déchoir. Il a épousé Paule Pluvignec, qui lui adonné trois fils. C’est dans les bras de cette Paule que se jettent Jean etFrédie quand elle paraît sur le quai de la gare de Segré. La femme accueilleses deux fils qu’elle n’a pas vus depuis des années par deux giflesretentissantes. L’histoire devient drame.

Paule Pluvignec épouse Rezeau est dure, dénuéed’amour, sans grande intelligence, nourrie des préjugés de sa caste. Elleméprise son faible mari et déteste ses enfants. Elle fait mener aux troisgarçons une vie épouvantable. D’abord, elle les fait tondre, puis ellerestreint leur espace de jeux, leur impose un emploi du temps de caserne, etles confie à la férule d’un précepteur, un ecclésiastique chassé de son ordre àcause de sa conduite débauchée. Les précepteurs ne tiennent pas longtemps danscette maison lugubre où l’on est mal payé, où l’on mange mal et où les enfantssont martyrisés jour après jour. Jacques Rezeau se réfugie lâchement dans letravail, et les enfants sont laissés sans défense sous la coupe de cette mèreindigne. Si Cropette trouve parfois grâce à ses yeux, en raison de soncaractère souple et parfois fourbe, Frédie et Brasse-Bouillon n’ont pas uninstant de répit. Frédie est mou, et oppose aux brimades la passivité qu’offreson tempérament. Jean, en revanche, entre en révolte contre sa mère, quidiscerne bientôt en lui un adversaire à sa mesure. C’est un combat quotidienqu’ils se livrent, combat perdu d’avance pour l’enfant dont la seule victoireest de fixer sa mère du regard, pendant les repas, sans qu’elle puisse luireprocher quelque manquement à l’étiquette, qui serait sanctionné par un coupde fourchette dans la main. La haine que développent les enfants vis-à-vis deleur mère est immense et s’exprime dans le surnom qu’ils lui ont trouvé, quiclaque comme un coup de feu : Folcoche. Chaque jour apporte ses coups, sesbrimades, ses injustices soigneusement préparées. Les rares moments de paixpour les enfants sont ceux où leur père les emmène à la chasse, où ils fontoffice de rabatteurs.

Les mois, les années passent, jusqu’à ce jourbéni où Folcoche doit être hospitalisée d’urgence pour subir l’ablation de lavésicule biliaire. Elle reste absente de longues semaines, qui voient JacquesRezeau desserrer quelque peu le carcan qui enserre ses enfants. On laissepousser les cheveux, on va se promener librement, on se détend. Pourtant, choseétrange, les combats quotidiens avec son ennemie jurée manquent àBrasse-Bouillon. La haine peut être une drogue.

À l’annonce du proche retour de Folcoche, lesgarçons constituent des réserves de nourriture et même d’argent. Quand Folcocherevient au logis, elle comprend que ses fils adolescents sont trop grands pourêtre brimés comme des bambins, aussi cherche-t-elle une nouvelle tactique.C’est le moment que choisit Jacques Rezeau pour emmener les deux aînés envoyage, sous le prétexte de recherches généalogiques. Voilà pour Folcochel’occasion attendue : elle tente de désunir les trois garçons et, quandelle découvre le vol mineur perpétré par ses fils, punit l’aîné seulement. Jeanparvient à maintenir l’union des garçons, à préserver ce pacte de défense queles enfants ont écrit noir sur blanc. Les brimades de Folcoche ne connaissentplus de limites : les garçons sont battus, la nourriture est tellementmauvaise qu’ils la soupçonnent de vouloir leur mort. Leur haine pour leur mèrea grandi en proportion et par deux fois ils essayent de l’assassiner, enl’empoisonnant à la belladone et en provoquant sa chute dans la rivière. À lasuite de cette affaire, Jean doit être fouetté. Refusant la sanction, il fugueet va demander justice à ses grands-parents Pluvignec, qu’il ne connaît pas etqui ne se sont jamais intéressés à lui. Ravis de contrarier leur faible gendre,ces riches bourgeois intercèdent en faveur de l’adolescent.

Les semaines passent. Jacques Rezeau faitcélébrer le jubilé de l’oncle de la famille, l’académicien, à la Belle Angerie,ce qui grève encore le budget familial et attise la haine que Jean éprouve pourson milieu bourgeois. Dans le même temps, il ressent une attirance biennaturelle pour les filles, mais ces premières amours sont ternies par la haineet la méfiance que sa mère a gravées en lui : les femmes sont, potentiellement,des ennemies.

Vient le jour où, à bout de brimades, Folcochedissimule le portefeuille de son mari dans la chambre de Brasse-Bouillon. Ilsera accusé et envoyé en maison de correction. Mais Jean a surpris le manège desa mère. Posément, il lui rend le portefeuille et lui met le marché enmain : il gardera le silence sur cette forfaiture, mais en échange lesgarçons seront envoyés en pension. Folcoche est contrainte d’accepter lemarché, et les trois frères Rezeau quittent la Belle Angerie, leur faible pèreet le tourmenteur qui leur tient lieu de mère. Jean prend la route du collègereligieux qui l’attend le cœur plein de haine, une haine destructrice que lui aofferte sa mère en partage. Il avance dans la vie bardé de méfiance, cuirasséde soupçons, le bras tendu vers l’autre non pas la main offerte, mais unevipère au poing.

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