L'assommoir

par

Coupeau

Coupeau est le mari de Gervaise. Au début du roman, c’est un bel homme jeune et sérieux : « Il était très propre, […] montrant ses dents blanches. La mâchoire inférieure saillante, le nez légèrement écrasé, il avait de beaux yeux marrons, la face d’un chien joyeux et bon enfant. […] Il gardait la peau encore tendue de ses vingt-six ans. » Il l’épouse après une cour assidue. C’est alors un ouvrier zingueur travailleur, qui ne boit pas. Il ne sait pas écrire, comme nombre d’ouvriers de son temps : l’école obligatoire n’existait pas et il fallait gagner sa vie très tôt. Tout change quand Coupeau est victime d’un accident du travail : il tombe d’un toit et se blesse grièvement. C’est après une longue convalescence qu’il va être pris au piège de l’alcoolisme. Afin d’occuper ses journées d’oisiveté forcée, il passe des heures avec les camarades dans les dizaines de débits de boisson qu’offre le quartier de la rue de la Goutte-d’Or : marchands de vin, « moulins à poivre », restaurants minables ou brasseries louches. De verres de vin en verres de liqueur, il va finir par consommer du « casse-poitrine », ce « vitriol » fabriqué sur place dans des alambics comme celui du père Colombe, patron de l’Assommoir : boisson sans aucun goût mais au taux d’alcoolémie explosif.

Le tableau de la déchéance de Coupeau peint par Zola est terrible : l’alcool transforme l’ouvrier compétent en une loque humaine incapable de contrôler son propre corps. Entretemps, Coupeau sera devenu un mari violent, un père indigne, un fainéant qui refuse le travail et mange les pièces de vingt francs que gagne Gervaise dans sa boutique. Il accepte que Lantier, l’ancien amant de Gervaise, s’installe sous son toit. Il refuse le travail, perd toute dignité. C’est Coupeau qui le premier pousse Gervaise à se prostituer : « Dis donc, ma biche, je ne te retiens pas… T’es pas encore trop mal quand tu te débarbouilles. […] dame, si ça devait mettre du beurre dans les épinards ! » Quand l’alcool a exercé d’irréversibles ravages, il fait des séjours réguliers à l’hôpital, où ses crises de delirium tremens sont étudiées par de savants docteurs, ravis de rencontrer un si beau cas de dégénérescence : Coupeau parle aux fantômes créés par son cerveau malade, crie de peur, boxe le vide. « Il bondissait, sautait d’un coin à un autre, tapait du ventre, des fesses, d’une épaule, roulait, se relevait. […] Et il accompagnait ce joli jeu de menaces atroces, de cris gutturaux et sauvages. » Coupeau meurt, à peine quadragénaire, après trente-six heures d’une atroce agonie, enfermé dans une cellule capitonnée.

À travers Coupeau et ses compagnons de beuverie, Zola peint les ravages de l’alcoolisme, fléau social qui ravageait les classes les plus pauvres. Il faudra des décennies d’efforts, de lois, d’interdictions et de campagnes de prévention pour que l’effroyable tableau peint par Zola appartienne au passé. Le cas de Coupeau est clair : c’est un malade incapable de vaincre son mal. De l’alcoolisme sont nées l’oisiveté, la violence conjugale, la dépravation. Coupeau n’est pas un méchant homme : il l’est devenu, la cervelle empoisonnée par le vitriol du père Colombe.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Coupeau >