L'assommoir

par

Le langage

Lors de sa publication, L'Assommoir choqua, par ce que le roman décrivait certes, mais aussi à cause du langage que les personnages emploient. En effet, quoi de plus choquant pour un lecteur bourgeois que de recevoir en plein visage les propos tenus par les personnages effrayants que sont pour lui les protagonistes issus des classes laborieuses ? La critique fut violente. Zola se trouva accusé de complaisance coupable, de voyeurisme, de grossièreté, voire de pornographie. En effet, s'il n'était pas le premier écrivain à évoquer la langue du peuple – Victor Hugo avait évoqué l'argot dans Les Misérables –, il est le premier à consacrer tout un roman au peuple, à sa misère, à ses vices, à ses malheurs. Il écrit dans la préface du roman : « Mon crime est d'avoir eu la curiosité littéraire de ramasser et de couler dans un moule très travaillé la langue du peuple. » De fait, le lecteur plonge dans un univers verbal haut en couleur qui n'est pas sans rappeler Rabelais et qui annonce Céline ou Cavanna.

Dans L'Assommoir, le peuple use d'une langue imagée, tout en métaphores : une robe est un « panier aux crottes », boire en excès devient « prendre un coup de soleil ». Certaines images sont même difficiles à décoder et, hors contexte, seraient impossibles à déchiffrer pour le non-initié, comme quand Mes-Bottes évoque un estaminet où l'on trouve de l'alcool particulièrement fort : « une mine à poivre [...] où l'on buvait du chien tout pur. » C'est une langue à part avec ses codes et surtout son lexique, différent de celui du français académique, pleine...

Inscrivez-vous pour continuer à lire Le langage >

Dissertation à propos de L'assommoir