Les Confessions

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Les Confessions : ouvrage religieux ?

La foule de questions que soulève saint Augustin dans sesConfessions, si elle a pour butd’expliquer le rapport entre Dieu et l’homme, revêt également une grande portéephilosophique. En effet, l’auteur se penche sur des problèmes qui peuvent bienvite s’étendre à toute la population athée, et les réponses qu’il apportepeuvent servir de fondements à de nombreuses manières de penser des thèmespolitiques et sociaux. Inspiré de philosophie grecque et ayant lu Platon etCicéron, il est considéré comme l’un des premiers grands penseurs postérieurs àla période antique grecque.

Par exemple, saint Augustin se confronte au problème dutemps. Il en défend une conception différente de celles de ses prédécesseurs.Il fait une distinction entre le temps tel qu’il est habituellementdéfini : une dimension dans laquelle les évènements se déroulent et danslaquelle l’homme évolue, et un temps subjectif qui, lui, appartient à l’homme.En effet, le temps serait en soi quelque chose d’inexistant puisqu’il estpartagé entre le passé révolu, qui n’a plus aucune existence, le futur qui, parsa nature même, n’existe pas encore, et le présent, une unité temporelle siinfime, si volatile, que l’instant nécessaire à réaliser son existence est déjàrévolu et appartient au passé.

« … j’infèreque le temps n’est qu’une étendue. Mais quelle est la substance de cetteétendue ? Je l’ignore. Et ne serait-ce pas mon esprit même ? Car, ô mon Dieu !qu’est-ce que je mesure, quand je dis indéfiniment : tel temps est plus longque tel autre ; ou définiment ce temps est double de celui-là ? C’est bien letemps que je mesure, j’en suis certain ; mais ce n’est point l’avenir, quin’est pas encore ; ce n’est point le présent, qui est inétendu ; ce n’est pointle passé, qui n’est plus. Qu’est-ce donc que je mesure ? Je l’ai dit ; ce n’estpoint le temps passé, c’est le passage du temps ».

Le temps subjectif existe par la mémoire, qui réfère aupassé, par l’avenir qui renvoie à l’espérance ou à l’attente, et par le présent,qui demande l’attention dont l’homme peut faire preuve au moment où il sefocalise sur quelque chose. Ce temps-là dépend totalement de la consciencehumaine et, en cela, se différencie du temps divin qui, lui, ne peut cesserd’exister, puisqu’il appartient à Dieu, dont l’existence est suprême.

Saint Augustin prend à bras le corps aussi bien leproblème du temps que le problème du mal : « Je cherchais l’originedu mal, mais je la cherchais mal, et je ne voyais pas le mal dans ma recherchemême », avoue-t-il. Il décrit sajeunesse ponctuée de petits larcins, d’aventures amoureuses, voire de débauche.Regrettant cette période, il en vient à se demander où le mal prend sa source.Il adopte une idéologie manichéenne, convenant que la terre est un lieud’éternel combat entre Bien et Mal, mais cette philosophie ne lui convient pasréellement puisqu’elle remettrait en cause la perfection de l’existence deDieu.

Il envisage ensuite que le mal serait une forme opposée àDieu, et que si Dieu nous incite à faire le bien, alors c’est son homologue quinous pousse à faire le mal, disculpant l’homme lui-même de toute conduitenégative. Cependant, si l’homme ne se conduit pas volontairement mal, il ne seconduit pas volontairement bien non plus. De plus, si le mal est une forme decorps, Dieu en serait un aussi, et la possibilité du divin corporel lui infligedonc une limite, et ôte de lui toute idée de perfection. En effet, Dieu estinfini et ne peut se limiter à une enveloppe, aussi grande soit-elle.

L’auteur opte alors pour une introspection, et finit pardécouvrir Dieu là où il ne l’avait pas encore cherché : en lui-même et nondans le monde extérieur, comme il tentait jusque-là de le rencontrer.

« Et commentinvoquerai-je mon Dieu, mon Dieu et Seigneur ? car l’invoquer, c’est l’appeleren moi. Et quelle place est en moi, pour qu’en moi vienne mon Dieu ? pour queDieu vienne en moi, Dieu qui a fait le ciel et la terre ? Quoi ! Seigneur monDieu, est-il en moi de quoi vous contenir ? (…) 

Où donc vousappelé-je, puisque je suis en vous ? D’où viendrez-vous en moi ? car où meretirer hors du ciel et de la terre, pour que de là vienne en moi mon Dieu quia dit : « C’est moi qui remplis le ciel et la terre (Jérém. XXIII, 24) ? »

Saint Augustin, dans sa quête de Dieu, rencontre ainsibon nombre d’embûches qu’il parvient à surmonter en faisant appel à uneréflexion philosophique. Les nombreux concepts qu’il utilise et qui, plus tard,serviront à nourrir la pensée d’autres grands philosophes, font de son œuvrenon seulement un traité religieux et défendant la foi chrétienne, mais encore unvéritable concentré de philosophie qui allie avec équilibre religion etphilosophie, et qui contentera même les athées qui peuvent trouver en cesconcepts matière à réflexion sans pour autant se livrer à la même quête quecelle de saint Augustin.

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