La Maison Tellier

par

Joseph Rivet

Le frère de Mme Tellier est menuisier àVirville, à quelque vingt lieues, soient quatre-vingt kilomètres de Fécamp. À l’occasionde la communion de sa fille, dont sa sœur est la marraine, il organise un grandrepas au village, comme le veut la coutume. Nullement offusqué par la venue desemployées de sa sœur, au contraire, il les accueille avec bonhomie :« le menuisier embrassa poliment toutes ces dames ». C’est le boujoucauchois, une façon amicale et familière de se saluer qui avait cours autrefoisen Normandie. Il les emmène dans sa carriole étrangement équipée – il y a posédes chaises, d’un grand inconfort, et qui font du trajet une véritablecavalcade pour ces dames.

Il est fier de la situation de sa sœur qui, auxyeux des villageois qui ne connaissent pas le métier de Mme Tellier, est unedame, et fait route avec elle : « Rivet, par cérémonie, et bien qu’envêtements d’ouvrier, avait pris le bras de sa sœur qu’il promenait avecmajesté. » Rivet se comporte avec politesse durant le séjour de sa sœur etdes « filles », car il poursuit un but : il souhaite que MmeTellier se montre généreuse avec sa filleule et, qui sait, lui laisse sa« maison » en héritage. Ce n’est que quelque temps avant le départ deces dames que, grisé par les bolées de cidre pur, Rivet laisse parler la bêtequi sommeille en lui : « Rivet, très pochard et à moitié dévêtu,essayait, mais en vain, de violenter Rosa […]. L’homme furieux, la facerouge, […] tirait de toutes ses forces sur la jupe de Rosa enbredouillant : Salope, tu ne veux pas ? ». Une foisdégrisé, il raccompagne la compagnie à la gare, tente jusqu’au dernier momentd’obtenir un baiser de Rosa, et voit sa sœur et ses ouvrières s’éloigner ensongeant que bientôt, peut-être, il reverra sa belle : « Tiens,j’irai vous voir à Fécamp, le mois prochain. »

Avec Rivet, Maupassant décrit un de cesNormands qu’il connaissait si bien, et que l’on croise dans un très grandnombre de ses contes et nouvelles : finauds, francs buveurs, un peusournois, et somme toute assez sympathiques – à l’exception du déplorableincident impliquant Rosa.

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