La Maison Tellier

par

Porteballe, le commis-voyageur

Il partage avec Mme Tellier et ses filles lecompartiment dans le wagon du train pour Rouen. Un coup d’œil lui suffit pour voirà qui il a affaire : « Ces dames changent de garnison ? »leur demande-t-il d’emblée. Aussi ce luron ne s’embarrasse-t-il pas decérémonies pour s’amuser un peu avec les « filles ». Il les tutoie,leur propose de sa marchandise : des jarretières, ces bandes de tissu à lafois pratiques et ornementales qui servaient autrefois aux dames à tenir leursbas tendus. « Allons, mes petites chattes […] il faut les essayer »déclare-t-il, joignant bientôt le geste à la parole, ce qui déclenchel’hilarité des passagères émoustillées. La scène que décrit Maupassant est trèsosée : montrer sa jambe était, pour une femme de la fin du XIXesiècle, un geste très impudique. Laisser un inconnu passer une jarretièrejusqu’en haut de la cuisse passait les bornes de la bienséance, et Porteballene se permet cette familiarité que parce qu’il a affaire à des prostituées.Pour lui, nul besoin de respecter ces filles-là.

Au passage, Porteballe s’amuse aussi àridiculiser un peu un couple de braves paysans, effarés de croiser la route de« traînées qui s’en vont encore à ce satané Paris ». Maupassantbrosse de lui le portrait d’un joyeux drille, aux plaisanteries lourdes etvulgaires, qui a toujours le sourire aux lèvres et, comme on disait à cetteépoque, l’esprit rigolo. Cependant, ce personnage permet de voir que MmeTellier et ses « filles » sont le gibier de tout mâle quipasse : on peut les tutoyer, les humilier un peu sous couvert de plaisanterie.Elles n’ont pas droit au respect de la société. 

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