La Mare au Diable

par

Résumé

Lenarrateur commence par faire part d’une réflexion sur des peintures d’Holbeinet d’autres artistes. Il questionne la façon sombre et morbide dont lesartistes du Moyen Âge dépeignaient la société et y compare la vision véhiculéepar les artistes contemporains. La mort était alors considérée comme lapunition du riche et la bénédiction du pauvre, alors qu’elle n’est aujourd’huique la fin et le renouveau du processus de la vie, une vie dont tous doiventprofiter et que tous doivent célébrer. Le narrateur questionne également lerôle de l’artiste, avant de commencer à raconter une histoire qu’il qualifie detrès simple, ce dont il s’excuse.

C’estalors qu’il marchait dans la campagne, perdu dans ses pensées, qu’il avait vuGermain et son fils en train de labourer un champ à l’aide d’un attelage debœufs. Ils étaient beaux, travaillant dans une parfaite harmonie. Germain lelaboureur lui avait fait part de son histoire quelque temps auparavant :la voici contée.

Germainétait veuf depuis deux ans et vivait chez sa belle-famille avec ses troisenfants. Il avait aimé et respecté sa femme et n’avait jamais pensé à seremarier. Il aimait également profondément sa belle-famille qui le lui rendaitbien. Un jour son beau-père, le père Maurice, qui s’inquiétait pour lui et sesenfants, vint lui parler et essaya de le convaincre de trouver une nouvellefemme. En effet, il approchait de ses trente ans, et après cet âge fatidique,les hommes sont trop vieux pour prendre une épouse dans la région. De plus, sabelle-sœur, qui s’occupait de ses deux enfants plus jeunes, était sur le pointde mettre au monde un nouvel enfant et n’aurait plus de temps à leur consacrer.Quant à sa belle-mère, elle vieillissait et la surveillance des enfants luipesait de plus en plus ; ceux-ci risquaient de se blesser si on leslaissait trop souvent livrés à eux-mêmes. Une dimension économique étaitégalement en jeu, car en se mariant avec une femme possédant un capital, toutela famille ne s’en trouverait que mieux lotie pour faire face au futur, et, encas de décès de l’un des chefs de famille, il y aurait plus d’adultes pour assurerla succession.

Germain,qui au départ ne voulait pas se remarier car il ne s’imaginait jamais retrouvermeilleure femme que sa regrettée à qui il pensait toujours en silence, écoutatous ces arguments et finit par accepter. Son beau-père avait déjà arrangé unerencontre avec une jeune veuve de bonne réputation, fille de l’un de ses amis,le père Léonard. Germain devait se rendre chez lui de la part de son beau-pèrepour rencontrer la jeune veuve et voir s’ils se plaisaient. Il partirait lelendemain, samedi, avec la jument grise, arriverait dans la nuit et pourraitpasser le dimanche avec la veuve pour faire sa connaissance. Il rentrerait lelundi matin avec une réponse.

Lesoir, la Guillette, une voisine, apprenant que Germain se rendait le lendemainau domaine de Fourche pour y chercher femme, demanda au père Maurice si Germainpouvait par la même occasion emmener sa fille qui partait travailler chez unfermier proche de la maison du père Léonard. En effet c’était la première foisqu’elle quittait la maison et elle ne connaissait pas le chemin. Le pèreMaurice et Germain acceptèrent évidemment de rendre service à Guillette et safille Marie. C’est ainsi que Germain et la jeune Marie prirent le chemin dudomaine de la Fourche sur la jument grise.

Aprèsquelques minutes à peine, ils aperçurent Pierre, le fils de Germain, qui lesattendait sur leur route pour les supplier de l’emmener avec eux. Aprèsquelques hésitations, ils se laissèrent convaincre et emmenèrent l’enfant. Enchemin, Germain et Marie discutèrent, et Germain se sentit peu à peu tomberamoureux de la jeune Marie. Il lui demanda pourquoi elle ne voulait pas déjà semarier au lieu d’aller travailler chez un inconnu, et finit même par luidemander de l’épouser. Marie répondit qu’elle était trop pauvre pour se marier,et qu’il fallait qu’elle travaille plusieurs années avant de pouvoir se lepermettre. Elle lui dit aussi qu’il ferait mieux de faire un bon mariage avecla riche veuve plutôt qu’avec une fille aussi pauvre qu’elle, et que de toutesfaçons il était trop vieux pour elle.

Lanuit tomba avec un brouillard dense. Germain perdit son chemin dans la forêt oùl’on ne voyait plus rien. Ils décidèrent de s’arrêter pour continuer à pied, etpeu de temps après, la jument les quitta en leur arrachant la bride des mains.Ils se retrouvèrent alors seuls et perdus au milieu de la forêt. Marie, quiétait pleine de bon sens, trouva le moyen d’allumer un feu et fit un lit defortune pour le petit Pierre afin qu’il n’ait pas froid. Ils mangèrent unepetite partie du gibier que le père Maurice avait donné à Germain pour qu’ill’offre au père de la veuve. Après ce repas, Germain veilla quelques heurespour s’occuper du feu. Son fils, Pierre, lui avait confié, juste avant des’endormir, qu’il aimerait bien avoir Marie comme nouvelle mère. Pendant queses compagnons dormaient, Germain ne put s’empêcher de penser à ce que luiavait dit Marie, dont il était tombé amoureux, et ses pensées étaient pour luiune torture. Vers minuit, le brouillard se leva et Marie se réveilla. Ils seremirent en route, mais se perdirent encore, si bien que deux heures plus tardils se retrouvèrent à l’endroit même où ils avaient bivouaqué auparavant. Sansréveiller l’enfant, ils le recouchèrent et décidèrent d’attendre le jour.Germain demanda à nouveau à Marie de l’épouser, mais elle ne changea pasd’avis, et lui répondit qu’elle ne souhaitait pas épouser un homme si vieux carelle était encore une enfant. Germain cessa d’essayer de la convaincre et restamuet le reste de la nuit, dépité.

Lejour se leva, et ils purent reprendre leur route. Ils croisèrent un bûcheronqui leur montra leurs chemins respectifs, et qui par ailleurs avait trouvé leurjument que Germain put récupérer. Marie partit avec Pierre dans la ferme oùelle devait travailler, les Ormeaux, tandis que Germain se rendit chez le pèreLéonard, à Fourche. Il devait venir récupérer son fils plus tard quand Mariel’aurait lavé et peigné après cette nuit un peu particulière, pour qu’il soitprésentable devant la famille de sa convoitée. Quand Germain et Marie sequittèrent, Germain lui répéta encore que ses paroles nocturnes étaientsincères, et Marie lui demanda d’oublier tout ce qui s’était dit pour seconcentrer sur son futur mariage. Le petit Pierre, quant à lui, dit à son pèrede ne pas s’inquiéter, qu’il convaincrait Marie de devenir sa mère.

Germainarriva chez le père Léonard et lui offrit le gibier restant que son beau-pèrelui avait confié. Le père Léonard l’invita à rejoindre trois autres prétendantsqui étaient là également, à se disputer les faveurs de la veuve. Germain nes’était pas attendu à trouver de la concurrence, et il fut quelque peudécontenancé. Le repas fut servi accompagné de vin à volonté, mais Germain butet mangea avec parcimonie et ne se mêla pas à l’ambiance festive. Il n’essayapas non plus de charmer la veuve, qui ne lui avait pas fait bonne impression.Après le repas ils partirent à la messe tous ensemble. Après l’office, la veuvedansa avec ses trois autres prétendants. Le père Léonard, voyant que Germain nel’invitait pas à danser, le prit à part pour lui demander pourquoi. Ilsdiscutèrent en aparté, et le père dit à Germain qu’il ferait mieux d’aller voirsa fille et de persévérer s’il voulait la séduire. Germain, après lui avoiravoué qu’il désapprouvait le comportement de la veuve, qui menait les hommes enbateau, lui affirma qu’en vérité il n’était pas venu pour épouser sa fille,mais pour lui acheter des bœufs. Sur quoi il prit congé et lui dit qu’ilreviendrait à Fourche plus tard pour régler l’achat des bœufs.

S’éloignantrapidement de l’église, il eut envie d’aller embrasser son fils aux Ormeaux,mais il ne vit ni Pierre ni Marie en arrivant à la ferme. Il trouva un garçonqui gardait les moutons, et lui demanda s’il les avait vus. Le garçon lui réponditque Marie et Pierre étaient partis peu de temps après être arrivés, mais il nesavait pas où. Germain alla voir le maître, mais celui-ci était parti avec soncheval on ne sait où. On lui dit que « la fille » et « le petitgarçon » étaient partis à Fourche. Germain s’y rendit en toute hâte. Ils yétaient en effet passés, mais la gardienne ne les connaissant pas, elle ne lesavait pas laissé entrer. En s’enquérant d’eux dans les maisons voisines, ilapprit que le fermier des Ormeaux était également passé peu de temps aprèsMarie, et qu’il avait la réputation d’un coureur de jupons. Commençant àcomprendre ce qui se tramait, Germain courut chercher sa jument grise et partiten direction du bois à la recherche de Pierre et Marie.

Àl’endroit où ils avaient bivouaqué la nuit précédente, il rencontra une vieillefemme qui parmi des propos inintelligibles lui dit que cet endroit se nommait« la mare au diable », et que c’était un endroit maudit. Si quelqu’uns’y arrêtait la nuit, il était sûr de ne jamais pouvoir en sortir avant lejour, et il arrivait malheur à celui qui en faisait le tour sans y jeter troispierres de la main gauche pour éloigner les esprits. Commençant à craindre lepire, Germain partit de plus belle à travers la forêt en appelant son fils.Tout à coup il entendit derrière lui arriver un homme à cheval qu’il devinaêtre le fermier des Ormeaux. Celui-ci lui demanda s’il n’avait pas vu passerune jeune fille accompagnée d’un petit garçon. Il expliqua à Germain qu’en lavoyant arriver à la ferme, il l’avait trouvée trop faible et l’avait remerciée,mais voulait cependant lui payer les frais du voyage avant qu’elle ne parte.Comme il passait par ici, il s’était mis à sa recherche. Entendant ceci,Germain décida de lui accorder le bénéfice du doute et se mit à les chercheravec lui. Il vit son fils peu de temps après, caché dans les fourrés. Entendantla voix de son père, Pierre sortit de sa cachette, puis Marie derrière lui. Lefermier voulut parler à Marie, et lui proposa en aparté de lui donner une pièced’or en échange de son silence. Marie refusa, ce qui rendit le fermier furieux.Germain, comprenant qu’il avait manqué de respect à Marie, désarçonna lefermier qui s’en allait sans demander son reste, et lui retourna la face contrela terre en lui disant tout le mépris qu’il éprouvait à son égard. Puis ilspartirent tous trois sans se retourner. En chemin, Pierre raconta à son père cequi s’était passé, comment le méchant fermier avait manqué de respect à Marie,les obligeant à s’enfuir.

Deretour dans leur pays, chacun se sépara pour se rendre chez soi et Germainraconta tout ce qui s’était passé à ses beaux-parents, en omettant lessentiments qu’il s’était découverts pour Marie. Ils furent déçus mais luidonnèrent raison sur sa conduite.

Dansles temps qui suivirent, Germain ne réussit pas à oublier la petite Marie à laquelleil n’osait pourtant pas s’adresser de peur de l’importuner. Tout le monde serendait compte qu’il était triste et mélancolique, si bien que sa belle-mèrefinit par venir lui parler. Il ne voulut tout d’abord pas se confier, maiscomme elle lui assurait, avec sincérité, qu’elle serait prête à le voir épousern’importe quelle fille tant que cela le rendît heureux, il finit par lui avouerson amour pour Marie. Elle alla parler au père Maurice, qui donna son accord.La belle-mère de Germain lui dit alors d’aller convaincre Marie en allant luiparler, ce qu’il se résolut à faire, sans y croire.

Marieétait seule dans sa chaumière quand il vint lui parler. Il lui expliqua sonamour pour elle, qu’il ne faisait que penser à elle depuis qu’ils s’étaientquittés, et qu’il lui demandait une dernière fois sa main. Pensantl’importuner, et s’en désolant, il allait partir quand Marie lui avoua qu’elleaussi l’aimait, et qu’elle était prête à l’épouser. Pierre arriva à cemoment-là et lui sauta dans les bras, partageant ce moment de bonheur.

C’estla fin de l’histoire de Germain le laboureur, mais le narrateur continue encoredans le chapitre suivant, et raconte comment se passaient les nocestraditionnelles dans sa région. Il fait un portrait de ces traditions campagnardesaujourd’hui perdues, et les met en scène à travers le couple que formentGermain et Marie.

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