La Modification

par

Première partie

Un homme, le lecteur que le narrateur vouvoie, rentre dans un compartiment de train qui relie, en plus de vingt-quatre heures, Paris à Rome : « Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant. » Il commence à décrire ses compagnons éphémères de voyage, qui pour l’instant se composent d’un couple qu’il suppose jeunes mariés, d’un ecclésiastique, d’un Anglais et d’un représentant de commerce. Ses pensées s’égarent au fil du paysage, entre les souvenirs des nombreux voyages similaires qu’il a faits dans ce train, les histoires qu’il brode sur les apparences de ses compagnons, et l’évocation de deux femmes : Cécile, sa maîtresse, et Henriette, sa femme. La première partie mêle donc le récit de ce voyage, au présent, avec le souvenir du voyage pendant lequel il a rencontré Cécile, en partant pour Rome, ainsi qu’avec les divagations qui prennent leur source dans les histoires personnelles que renferme chaque personne présente autour du personnage, autour du lecteur forcé d’être assis dans ce compartiment de train.

         Il se trouve en troisième classe, plus inconfortable que la première où il a l’habitude de voyager : ses fréquents aller-retour sont en effet financés par son entreprise, qui lui demande de représenter la succursale parisienne d’une grande maison romaine au sein des négociations qui se font dans la capitale italienne. Sa femme a donc l’habitude de le laisser partir, mais il se doute qu’elle a compris que ce voyage n’est pas comme les autres. En effet, le départ de ce train s’est fait légèrement plus tôt que d’habitude, et Henriette a soulevé quelques questions. La vraie nature de son voyage se dévoile peu à peu : il part rejoindre Cécile, sa maîtresse depuis déjà quelques années, qui vit à Rome et qu’il retrouve chaque fois qu’il y est pour ses affaires. Sa relation avec sa femme se détériore chaque jour un peu plus, et il ne supporte plus la vie de famille, les reproches muets que lui adressent ses enfants, lesquels sentent que leurs parents se séparent – sinon dans les faits, du moins en esprit –, ni la lutte intestine que lui livre Henriette pour qu’il renonce à sa jeunesse, et pour qu’il devienne vieux et mort, désabusé, embourgeoisé comme elle. Il s’échappe donc cette fois de son plein gré, avec pour seul et unique but de rejoindre Cécile et de passer quelques jours avec elle, sans avoir à se cacher de son entreprise.

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